Les hommes arrêtés le week-end dernier sont soupçonnés d'avoir voulu commettre un attentat le 1er décembre.
Le Monde | • Mis à jour le | Par Elise Vincent[1]
On en sait désormais plus sur la vaste opération de démantèlement d'une cellule terroriste dormante, en France[2], qui avait été annoncée, lundi 21 novembre[3], par le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve. Lors d'une conférence de presse, organisée vendredi 25 novembre, le procureur de la République de Paris[4] François Molins, est revenu sur ce dossier, alors que l'ensemble des gardes à vue des sept hommes interpellés en début de semaine entre Strasbourg[5] et Marseille[6], ont été levées ou sont arrivées au terme du maximum légal autorisé.
Lire aussi : Un attentat envisagé « de longue date » déjoué en France [7]
A la suite de ces auditions, cinq hommes ont été déférés dans la journée et devaient être présentés à un magistrat instructeur en vue de leur mise en examen. Deux autres ont été relâchés en milieu de semaine, le 22 novembre, a confirmé le procureur. Une information judiciaire a été ouverte dans ce cadre pour « participation à une association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation de crimes d'atteinte aux personnes, d'acquisition, détention, transport[9], offre et cession illégale d'armes et de munitions de catégories A et B, le tout en réunion et en relation avec une entreprise terroriste ».[8]
Un commanditaire commun
Alors qu'avait un temps été envisagée la piste d'une attaque à cibles « multiples », M. Molins a concédé que les investigations ne permettaient pas, en l'état, de confirmer[10] cette hypothèse de manière certaine, même si les hommes interpellés à Marseille et à Strasbourg avaient des « instructions communes ». De même, alors que les premiers éléments de l'enquête[11] tendaient à prouver[12] que tous ces hommes ne se connaissaient pas, les saisies informatiques et cellulaires ont permis de montrer[13] qu'ils étaient en contact très étroits depuis longtemps, en réseau fermé, sur une messagerie cryptée et une ligne téléphonique « dédiée ». Les hommes interpellés à Strasbourg étaient par ailleurs tous amis d'enfance. En revanche, ils n'avaient pas de « contacts direct » avec l'un des individus interpellé à Marseille, Hicham E., 46 ans. Un Marocain signalé au Portugal[14], son pays de résidence, pour radicalisation et qui a tenté au moins une fois de se rendre[15] à la frontière turco-syrienne.
Le point commun entre ce dernier et les hommes de Strasbourg, était un commanditaire installé dans la zone irako-syrienne. Un homme dont l'une des kunyas ou « nom de code » est « Abu Ali », selon nos informations, un francophone qui aurait pu être présent aussi en Turquie[16].
Une planque dans le bois de Montmorency
Parmi les cinq hommes interpellés, deux semblent avoir[17] joué un rôle particulièrement important. Hicham M. et Yassin B., deux returnees (personnes qui sont allées en Syrie et en sont revenues) présumés. Ils auraient commencé à avoir l'intention de partir[18] pour la Syrie[19] dès 2012. Mais ils n'auraient sauté le pas qu'en 2015. Depuis lors, « Abu Ali » serait resté en contact avec eux et les aurait guidés pas à pas jusqu'au projet[20] d'attentat relativement précis dont la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a empêché la mise en œuvre.< /p>
Peu de temps avant leur arrestation, les deux returnees, Hicham M. et Yassin B., s'étaient vu transmettre[21] les coordonnées GPS, par une application cryptée, d'une planque située dans le bois de Montmorency, dans le Val-d'Oise. Une planque où ils auraient pu récupérer[22] plusieurs kalachnikovs et des munitions.
Alors qu'un temps cette planque avait été évoquée comme un « piège » tendu par la DGSI, dans le cadre d'un travail d'infiltration mené en collaboration avec le service interministériel d'assistance technique (SIAT) – le service qui gère les agents infiltrés –, François Molins ne s'est pas exprimé sur cette méthode de travail[23]. « Je ne m'exprimerai pas, pour des motifs impérieux, vous[24] le comprendrez, sur les techniques et outils qui ont été spécifiquement mis en place (…). Je m'y refuse, pour ne pas mettre[25] en péril notre action dans la lutte antiterroriste », a-t-il argué.
Particularité du dossier, Hicham M. et Yassin B. n'avaient pas été repérés par les services de renseignements lors de leur aller-retour en Turquie. Ils sont partis ensemble mais par un itinéraire inhabituel. Ils auraient ainsi d'abord pris l'avion pour l'île de Chypre[26] puis seraient entrés en Turquie par voie maritime, via le port de Mersin, alors que beaucoup d'aspirants au djihad ont longtemps utilisé l'avion directement pour Istanbul ou choisi la route. Sont-ils passés côté syrien ? L'enquête devra le déterminer[27]. Leur aller-retour n'aurait en tout cas duré que quelques jours.
Une cible précise qui reste à déterminer
Les quatre Strasbourgeois ont presque tous largement dépassé la trentaine et sont originaires des quartiers populaires de la ville, notamment du Neuhof. Hicham M., 37 ans, est manutentionnaire et vivait chez ses parents, Yassin B. est agent périscolaire, Sami. B, 26 ans, franco-tunisien, travaille dans une épicerie et est père de trois enfants. Le quatrième, Zacharia M., 35 ans, est franco-marocain. Seuls deux d'entre eux ont un casier judiciaire, Sami B. et Hicham M., avec respectivement sept et six condamnations à leur actif.
La cible précise du projet d'attentat reste encore à déterminer. Il n'est pas certain qu'elle ait été très précise au moment des interpellations. Seule la date du passage à l'acte du commando de Strasbourg était relativement établie : le 1er décembre. Pour le reste, il s'agit plutôt de déductions à partir du bornage téléphonique, et de la consultation des sites Internet et des recherches Google[28] repérées dans les ordinateurs et les téléphone saisis : y figuraient notamment des lieux[29] de culte, le siège de la DGSI ou le 36, quai des Orfèvres. Des adresses[30] dans le 20e arrondissement de Paris et des cibles militaires ont aussi été un moment envisagées, ainsi que des ordres donnés pour une action sur les Champs-Elysées.
Allégeances à l'EI
En perquisitionnant les domiciles de tous ces individus, les enquêteurs ont en tout cas découvert chez les deux returnees présumés, Hicham M. et Yassin B., des allégeances claires à l'organisation Etat islamique (EI). Chez le second ont aussi été retrouvés une arme de poing, un pistolet automatique, des chargeurs et des munitions. Il y avait également chez Zacharia M. un pistolet automatique et un pistolet-mitrailleur, ainsi que des munitions. Les enquêteurs ont enfin retrouvé téléchargée sur les téléphones d'Hicham M. et de Yassine B. l'application Periscope, qui permet de se filmer tout en diffusant sa vidéo en direct. Autant d'indices qui laissaient entendre, selon le procureur de la République de Paris, « l'imminence d'un passage à l'acte ». [31][32][33]
Le démantèlement dans la nuit du 19 au 20 novembre de la cellule terroriste présumée fait suite à des investigations qui ont débuté en février et avaient conduit à une première série de cinq arrestations en juin, quelques jours après le début de l'Euro de football[34] et au lendemain de l'assassinat d'un policier et de sa compagne à Magnanville (Yvelines). A l'époque, on avait seulement pu é tablir[35] que les individus visés réalisaient de nombreux prêts à la consommation[36] suspects et qu'ils étaient en lien avec un commanditaire installé en Syrie. Ces cinq hommes étaient originaires de Seine-Saint-Denis[37]< /a>, du Val-de-Marne et de Paris. Trois ont été relâchés sans poursuites, mais deux d'entre eux ont été mis en examen et placés en détention provisoire : un homme de 38 ans originaire de Moselle, et un autre de 40 ans, un Franco-Malien né à Paris. Des investigations sont encore en cours, les dossiers sont encore séparés sur le plan judiciaire, mais cette première vague correspondrait au volet « financier » du projet d'attentat finalement « déjoué » ce week-end[38].
Lire aussi : Un attentat « déjoué » rappelle la persistance de cellules organisées en France [39]
References
- ^ Elise Vincent (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité France (www.lemonde.fr)
- ^ qui avait été annoncée, lundi 21 novembre (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Paris (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Strasbourg (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Marseille (www.lemonde.fr)< /li>
- ^ Un attentat envisagé « de longue date » déjoué en France (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe être (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité transport (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe confirmer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité enquête (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe prouver (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe montrer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Portugal (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe rendre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Turquie (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe avoir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe partir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Syrie (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité projet (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe transmettre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe récupérer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité travail (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité vous (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe mettre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Chypre (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe déterminer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Google (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité lieux (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité adresses (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Etat islamique (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe filmer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe entendre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité football (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe établir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité consommation (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Saint-Denis (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité week-end (www.lemonde.fr)
- ^ Un attentat « déjoué » rappelle la persistance de cellules organisées en France (www.lemonde.fr)
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