Senin, 21 November 2016

De retour au Quai d'Orsay, Boris Boillon est renvoyé devant la justice - Le Monde

Proche de Nicolas Sarkozy, ce diplomate, mêlé aux affaires libyennes, avait été arrêté gare du Nord, à Paris, en 2013, avec 350 000 euros et 40 000 dollars en liquide.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Boris Boillon, à Carthage, le 17 février 2011, alors qu'il était ambassadeur de France en Tunisie.

Dans le monde< a href="#readabilityFootnoteLink-3" class="readability-DoNotFootnote" style="color: inherit;">[3] policé des ambassades, Boris Boillon était le symbole du sarkozysme décomplexé. A 46 ans, il vient d'être réintégré au ministère des affaires étrangères[4] en poste à New York après quatre années en disponibilité dans le secteur privé. Une décision qui ne fait pas l'unanimité. D'autant plus que lundi 21 novembre, le parquet de Paris a décidé de le faire[5] citer[6] devant le tribunal correctionnel de Paris[7] afin d'être jugé d es chefs de manquement aux obligations déclaratives de transferts[8] de capitaux, faux et usage de faux, blanchiment de fraude fiscale et abus de bien sociaux. Il est convoqué le 23 mars.

C'est l'aboutissement d'une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris le 31 juillet 2013. Ce jour-là, le diplomate en disponibilité est arrêté gare du Nord, à Paris. Il est dépourvu de pièce d'identité mais chargé d'un sac contenant 350 000 euros et 40 000 dollars en liquide qu'il n'a déclaré ni aux douanes ni au fisc. M. Boillon était en partance pour Uccle, commune bruxelloise réputée pour accueillir de nombreux évadés fiscaux, où il a élu domicile.[9][10]

Devant les enquêteurs, Boris Boillon a expliqué avoir[11] récupéré cette somme dans le cadre d'une mission effectuée en Irak[12] pour le compte de sa société, Spartago, fondée en novembre 2012, qui se présente comme « spécialisée dans le secteur d'activité du conseil pour l es affaires et autres conseils de gestion ». L'entreprise est établie dans le 8e arrondissement de Paris, place Henri-Bergson, du nom du philosophe dont il aime à citer la phrase : « Agir en homme de pensée et penser[13] en homme d'action. » L'ancien diplomate devenu consultant dit avoir gagné cet argent dans le cadre d'un contrat lié à la construction d'un complexe sportif à Nassiriya, au sud de l'Irak, comprenant notamment le stade de Thiqar d'une capacité de 30 000 places et un hôtel quatre étoiles. S'il a préféré être[14] rémunéré en liquide, assure-t-il alors, c'est en raison de la fragilité du système bancaire irakien.

Origine de l'argent non identifiée

Pour justifier[15] ses déclarations, l'ancien ambassadeur a fourni plusieurs documents. Le contrat d'assistance et de conseil de sa société et une attestation de remise des fonds. Ces documents n'ont pas convaincu les enquêteurs du service national de la douane judiciaire (SNDJ) qui ont recueilli un témoignage indiquant que Boris Boillon aurait produit des faux pour se sortir[16] de ces tracas judiciaires.

Malgré l'envoi de nombreuses demandes d'entraide pénale internationale en Finlande[17], en Allemagne[18], en Italie[19] ou aux Etats-Unis, le parquet de Paris n'est pas parvenu à identifier[20] l'origine de l'argent. La question était pourtant cruciale. Compte tenu du rôle joué par M. Boillon dans les relations franco-libyennes sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy[21], nombreux sont ceux qui se sont demandés si cet argent ne venait pas du colonel Mouammar Kadhafi.

Arabisant, M. Boillon a été de plusieurs voyages de la délégation française en Libye[22]. Et il aimait à se vanter[23] de sa proximité avec le dictateur libyen qu'il appelait « papa », comme le rappelle un témoin entendu par les juges français dans le cadre de l'enquête sur un possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Cette même année, M. Boillon, conseiller[24] Afrique[25] du Nord et Moyen-Orient à l'Elysée, avait participé aux côtés de Cécilia Sarkozy à la négociation pour la libération des infirmières bulgares en s e rendant à Tripoli le 12 et le 22 juillet 2007 notamment. Selon ce même témoin, qui a déposé anonymement, Boris Boillon aurait réceptionné, avec Claude Guéant, 20 millions d'euros en billets de 100 et 500 euros acheminés de Syrte au Bourget et destinés à la campagne de M. Sarkozy. Des accusations toutefois jamais été étayées.

Lire aussi :   Bechir Saleh, l'encombrant argentier de Kadhafi [26]

En tant qu'ambassadeur de France à Tunis en 2011, M. Boillon a contribué, selon une note de la Direction générale de la sécurité extérieure, à l'exfiltration de Bechir Saleh, l'ancien directeur de cabinet de Kadhafi[27] soupçonné de détenir[28] les secrets des relations financières franco-libyennes. La Libye s'enfonce alors dans la guerre et le patron du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, a chargé son ami l'intermédiaire Alexandre Djouhri de mener[29] cette opération sensible. Boris Boillon est en lien téléphonique avec M. Saleh à qui il aurait fourni une voiture[30] de l'ambassade de France pour le récupérer[31] à la frontière entre la Tunisie[32] et la Libye. Puis Bechir Saleh sera reçu par Boris Boillon à Tunis le 15 novembre 2011. Il sera discrètement hébergé à la résidence de l'a mbassade de France[33] avant de rejoindre[34] pour deux nuits un hôtel cinq étoiles réglé par M. Djouhri qui l'exfiltrera en jet privé à Paris. Selon plusieurs témoignages recueillis par les juges français, Boris Boillon était également en lien avec Franck Houndete, un h omme d'affaires béninois qualifié par les services français de « porte-valise » de Bechir Saleh.

Ton franc voire arroguant

Le nom de M. Boillon apparaît aussi dans l'enquête préliminaire actuellement en cours au parquet financier et qui vise à déterminer[35] si des malversations ont entouré la remise en route de l'hôpital de Benghazi par des société[36]s françaises en 2008. Selon plusieur s témoins, c'est M. Boillon qui aurait imposé le choix des prestataires. Pour quelles contreparties ?

Lire aussi :   Enquête sur Bernard Squarcini, le maître-espion des réseaux sarkozystes [37]

Aujourd'hui établi à New York, il a été réintégré au ministère des affaires étrangères. Ce qui a suscité quelques grincements de dents compte tenu de ses démêlés judiciaires. Après quatre années de mise en disposition, il a été affecté à la mission permanente de la France auprès des Nations unies où il s'occupe, entre autres, du budget de fonctionnement.

En Irak où il avait été ambassadeur de 2009 à 2011, il s'était montré favorable à l'intervention américaine. Nommé à Tunis à la chute du régime du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali, le jeune diplomate n'avait pas hésité à afficher[38] son corps sculpté sur le web, uniquement vêtu d'un slip de bain, ou à poser[39] en James Bond dans la presse locale. Son ton franc voire arrogant, mal reçu dans le milieu diplomatique, avait choqué une partie de l'opinion publique tunisienne. Lorsqu'il avait reçu pour la première fois des journalistes tunisiens, qui l'avaient interrogé sur le rôle de la France durant la révolution, Boris Boillon s'était emporté en pointant « des trucs à la con », des « questions débiles », avant de brutalement mettre[40] un terme � � l'entretien filmé et diffusé sur les réseaux sociaux[41]. Une attitude qui avait poussé des centaines de Tunisiens indignés à se réunir[42] devant l'ambassade de France, trois jours plus tard, en scandant « Boillon dégage ». Contacté par Le Monde[43], M. Boillon n'a pas donné suite à nos demandes d'entretien.

Lire aussi :   Financement libyen de la campagne de Sarkozy : l'enquête impossible [44]

References

  1. ^ Simon Piel (www.lemonde.fr)
  2. ^ Joan Tilouine (www.lemonde.fr)
  3. ^ Toute l'actualité le monde (www.lemonde.fr)
  4. ^ Toute l'actualité affaires étrangères (www.lemonde.fr)
  5. ^ Conjugaison du verbe faire (conjugaison.lemonde.fr)
  6. ^ Conjugaison du verbe citer (conjugaison.lemonde.fr)
  7. ^ Toute l'actualité Paris (www.lemonde.fr)
  8. ^ Toute l'actualité transferts (www.lemonde.fr)
  9. ^ Toute l'actualité enquête (www.lemonde. fr)
  10. ^ Conjugaison du verbe accueillir (conjugaison.lemonde.fr)
  11. ^ Conjugaison du verbe avoir (conjugaison.lemonde.fr)
  12. ^ Toute l'actualité Irak (www.lemonde.fr)
  13. ^ Conjugaison du verbe penser (conjugaison.lemonde.fr)
  14. ^ Conjugaison du verbe être (conjugaison.lemonde.fr)
  15. ^ Conjugaison du verbe justifier (conjugaison.lemonde.fr)
  16. ^ Conjugaison du verbe sortir (conjugaison.lemonde.fr)
  17. ^ Toute l'actualité Finlande (www.lemonde.fr)
  18. ^ Toute l'actualité Allemagne (www.lemonde.fr)
  19. ^ Toute l'actualité Italie (www.lemonde.fr)
  20. ^ Conjugaison du verbe identifier (conjugaison.le monde.fr)
  21. ^ Toute l'actualité Nicolas Sarkozy (www.lemonde.fr)
  22. ^ Toute l'actualité Libye (www.lemonde.fr)
  23. ^ Conjugaison du verbe vanter (conjugaison.lemonde.fr)
  24. ^ Conjugaison du verbe conseiller (conjugaison.lemonde.fr)
  25. ^ Toute l'actualité Afrique (www.lemonde.fr)
  26. ^ Bechir Saleh, l'encombrant argentier de Kadhafi (www.lemonde.fr)
  27. ^ à l'exfiltration de Bechir Saleh, l'ancien directeur de cabinet de Kadhafi (www.lemonde.fr)
  28. ^ Conjugaison du verbe détenir (conjugaison.lemonde.fr)
  29. ^ Conjugaison du verbe mener (conjugaison.lemonde.fr)
  30. ^ Toute l'actualité voiture (www.lemonde.fr)
  31. ^ Conjugaison du verbe récupérer (conjugaison.lemonde.fr)
  32. ^ Toute l'actualité Tunisie (www.lemonde.fr)
  33. ^ Toute l'actualité France (www.lemonde.fr)
  34. ^ Conjugaison du verbe rejoindre (conjuga ison.lemonde.fr)
  35. ^ Conjugaison du verbe déterminer (conjugaison.lemonde.fr)
  36. ^ Toute l'actualité société (www.lemonde.fr)
  37. ^ Enquête sur Bernard Squarcini, le maître-espion des réseaux sarkozystes (www.lemonde.fr)
  38. ^ Conjugaison du verbe afficher (conjugaison.lemonde.fr)
  39. ^ Conjugaison du verbe poser (conjugaison.lemonde.fr)
  40. ^ Conjugaison du verbe mettre (conjugaison.lemonde.fr)
  41. ^ Toute l'actualité réseaux sociaux (www.lemonde.fr)
  42. ^ Conjugaison du verbe réu nir (conjugaison.lemonde.fr)
  43. ^ Toute l'actualité Monde (www.lemonde.fr)
  44. ^ Financement libyen de la campagne de Sarkozy : l'enquête impossible (www.lemonde.fr)

Tidak ada komentar:

Posting Komentar