LE SCAN ÉCO - Alors que les deux candidats de la primaire de la droite et du centre se sont affrontés dans un ultime débat jeudi soir, Le Figaro a interrogé plusieurs chefs d'entreprises pour sonder leurs préférences. Style, programme... ils nous livrent leur point de vue.
À quelques points près[1], les programmes économiques [2]des deux finalistes de la primaire de la droite et du centre sont sensibl ement similaires. François Fillon place ce qu'il nomme la «liberté», à savoir selon lui le redressement économique, en tête de son programme. Alain Juppé veut lui «remettre la stabilité, la liberté et la responsabilité au cœur des entreprises pour leur donner plus de compétitivité». L'un comme l'autre plaident pour la fin des 35 heures, la réduction de la bureaucratie, l'allégement du Code du travail ou encore la suppression de l'ISF[3]. Autant de thèmes chers aux chefs d'entreprises qui suivent de très près cette primaire de la droite et du centre.
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Karine Charbonnier, le 6 novembre 2014 lors de l'émission «En direct avec les Français». Crédits photo : MARTIN BUREAU/AFP
● Karine Charbonnier, 48 ans, dirige l'entreprise Beck Industries (650 salariés), à Armentières, avec son mari. La dirigeante s'était faite remarquer le 6 novembre 2014 lors de l'émission En direct avec les Français diffusée sur TF1, en expliquant à François Hollande qu'en déplaçant son usine d'Armentières (dans le Nord) en Angleterre, elle économiserait 3 millions d'euros. Depuis elle a pris la plume[5] pour dénoncer les lourdeurs administratives qui pénalisent les entreprises françaises. «Il y a beaucoup trop de lois, c'est impossib le de toutes les connaître. La justice est souvent à charge contre les entreprises. Il faut changer cela. Bien sûr, il faut des règles et des contrôles. Mais être systématiquement sévère à l'égard des entreprises, c'est source de démotivation», estime cette patronne qui s'est officiellement engagée auprès de François Fillon. Par ailleurs vice-présidente LR du Conseil régional des Hauts-de-France, elle est déjà candidate aux législatives 2017 dans le Nord. Pour elle, François Fillon est donc le candidat capable de porter des «réformes de grande ampleur» et de créer «un choc de confiance et de simplification».
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Louis Godron (photo Twitter@LouisGODRON)
● Louis Godron, 50 ans, est président d'Argos Soditic, une société installée à Paris (10 à 19 salariés) et qui investit de l'épargne publique dans les PME. Ancien président de l'AFIC, l'Association française des investisseurs en capital, il s'était engagé au début du quinquennat de François Hollande dans le mouvement des «pigeons»[7], ces entrepreneurs frondeurs qui dénonçaient le durcissement de la fiscalité sur les entreprises. Depuis, il tracte sur les marchés pour défendre le programme d'Alain Juppé. «Il est impor tant que les acteurs du monde économique s'investissent dans le monde politique, estime-t-il. C'est à nous aussi de passer du temps à expliquer comment marche une entreprise.»
Ne pas se résigner: c'est son mot d'ordre. «On a vraiment de belles entreprises en France. Mais il y a beaucoup trop de freins. C'est du gâchis.» Lui aussi dénonce «la complexité du droit du travail» qui paralyse les entrepreneurs «stressés de ne pas connaître la loi», et il se désole de cette France «plombée par le chômage et la stagnation». Pour lui, l'homme de la situation est Alain Juppé. «Je suis sensible à la priorité qu'il accorde à l'éducation. Notre école est devenue une machine à échec. Je pense aussi qu'il a raison de vouloir réformer le droit du travail progressivement, en deux ans. Par ailleurs, Alain Juppé porte un véritable intérêt à l'innovation et aux technologies, pas seulement aux start-up. C'est important à mes yeux.» Mais si son champio n n'était pas élu dimanche, l'entrepreneur assure que François Fillon fera aussi l'affaire. «Les deux hommes portent un programme de réforme ambitieux, ils sont honnêtes et engagés pour réformer le pays.» Et lorsqu'il croise, sur les marchés ou lors de réunions, des soutiens de François Fillon, il l'assure: «On a des échanges très amicaux et tous, nous sommes portés par un élan commun: remettre le pays en marche, ne pas se résigner.»
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Patrick Gruau, est par ailleurs président-adjoint de l'Automobile club de l'Ouest qui organise les 24 heures du Mans. Crédits photo : JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP
● Patrick Gruau, 60 ans, constructeur carrossier, est à la tête d'un groupe familial composé de 13 sites en France et 5 à l'étranger (13.150 salariés). Cet élan, le Mayennais Patrick Gruau lui aussi veut y croire. Mais pour lui, c'est sans hésiter François Fillon qui le porte. Ce patron d'industrie n'oublie pas ce qu'il doit à l'ancien premier ministre. «Lors de la crise de 2009[9], François Fillon a sauvé toute la filière automobile française et nous a redonné espoir» en prêtant 6 milliards d'euros à Renault et PSA Peugeot Citroën. [10]«Si de telles décisions franches et rapides n'avaient pas été prises, je crois que Gruau et l'automobile française ne seraient plus de ce monde. Pour moi il a donc fait ses preuves, dans mon domaine, dans une période difficile.»
Le constructeur automobile se retrouve parfaitement dans les valeurs défendues par l'ancien député de la Sarthe, lui aussi féru de courses automobiles.«C'est un homme intègre, qui n'a jamais eu d'affaire. Comme un chef d'entreprise, un homme politique se doit d'être exemplaire.» Patrick Gruau adhère aussi totalement au ton Fillon. «Il prône la liberté et l'autonomie. Nous, les chefs d'entrepri se, nous sommes capables et responsables. C'est insupportable quand le gouvernement veut pondre des lois tous les 15 jours. Plus de 3000 pages de Code du travail, c'est impossible à décortiquer. À vouloir trop protéger les salariés, on rend les patrons craintifs.» La politique du plein emploi, défendue par l'ancien premier ministre, la contribution apprentissage ou encore la hausse de deux points de la «TVA sociale» pour faire baisser les charges salariales [11]sont autant de mesures, proposées par François Fillon, qui séduisent là encore le chef d'entreprise.
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Hubert Arnaud, patron de DFI.
● Hubert Arnaud, 67 ans, dirige DFI, une entreprise d'informatique, qui emploie près de 300 personnes.
Lui a jeté son dévolu sur le maire de Bordeaux, arrivé en deuxième position au soir du premier tour de la primaire[13]. Quoi qu'il en soit, Hubert Arnaud espère qu'Alain Juppé, longtemps favori, saura faire mentir les derniers sondages[14]. «Juppé va réformer en profondeur la France tout en gardant le modèle social.» S'il admet que «les programmes économiques des deux hommes sont très proches», et que «les deux sont honnêtes», pour ce patron, «François Fillon manque d'autorité». «Il a quand même été numéro 2 de Nicolas Sarkozy pendant 5 ans. Pourquoi n'a-t-il pas osé réformer? Alain Juppé est plus moderne. Il peut rassembler plus largement et faire ensuite les réformes dont le pays a besoin», estime l'entrepreneur.
Comme les autres, il espère que son candidat sera capable de desserrer les «freins à l'embauche». «Les patrons hésitent à embaucher car c'est trop compliqué de licencier. Mais si le contrat de travail permet de se séparer sans trop de casse, ce serait mieux pour l'entreprise, coincée dans son développement. Juppé a mis l'emploi au cœur de sa stratégie. On a quelqu'un qui montre bien le cap et qui a la stature d'un homme d'État.» Épilogue dimanche soir, à l'issue du deuxième tour de la primaire.
References
- ^ quelques points près (www.lefigaro.fr)
- ^ programmes économiques (www.lefigaro.fr)
- ^ ISF (plus.lefigaro.fr)
- ^ » A LIRE: Fillon-Juppé: le match des programmes économiques (www.lefigaro.fr)
- ^ elle a pris la plum e (www.lefigaro.fr)
- ^ » A LIRE: Marché du travail et emploi: François Fillon plus réformiste qu'Alain Juppé (www.lefigaro.fr)
- ^ le mouvement des «pigeons» (www.lefigaro.fr)
- ^ » A LIRE: Juppé-Fillon: les sujets économiques sur lesquels ils se sont affrontés (www.lefigaro.fr)
- ^ la crise de 2009 (www.lefigaro.fr)
- ^ prêtant 6 milliards d'euros à Renault et PSA Peugeot Citroën. (www. lefigaro.fr)
- ^ la hausse de deux points de la «TVA sociale» pour faire baisser les charges salariales (www.lefigaro.fr)
- ^ » A LIRE: ISF, TVA, quotient familial...les propositions des deux candidats sur la fiscalité (www.lefigaro.fr)
- ^ arrivé en deuxième position au soir du premier tour de la primaire (www.lefigaro.fr)
- ^ les derniers sondages (www.lefigaro.fr)
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