Rabu, 23 November 2016

Qui est Thomas Mair, le loup solitaire d'extrême droite qui a tué la députée Jo Cox ? - Le Monde

D'une rare sauvagerie, le meurtre commis le 16 juin à Birstall (nord de l'Angleterre) avait horrifié le pays, sans avoir d'impact notable sur la campagne sur le « Brexit ».

Thomas Mair, le jardinier au chômage qui a tué le 16 juin la députée proeuropéenne Jo Cox une semaine avant le référendum sur le « Brexit », n'était pas le malade mental décrit alors par les médias[1] et les politiques pour apaiser[2] la campagne électorale. Plutôt un loup solitaire du terrorisme d'extrême droite nourrissant une haine obsessionnelle des « traîtres » à la race blanche. Un militant nationaliste isolé sans doute excité par la xénophobie ambiante.

Le quinquagénaire à la barbe grisonnante qui a été condamné à la prison à vie pour meurtre, mercredi 23 novembre[3] par la Cour criminelle de Londres n'a pas dit un mot pendant les sept jours de son procès[4]. Il a seulement répondu « oui » pour confirmer[5] son identité. A l'énoncé du verdict, il est resté impassible. De même, pendant les longues années où son projet[6] criminel avait mûri, il était demeuré quasi invisible socialement, selon les éléments recueillis par la police[7] et la presse.

D'une rare sauvagerie, le meurtre commis le 16 juin à Birstall, dans le nord de l'Angleterre[8], avait horrifié le pays. Jo Cox, 41 ans, mère de deux jeunes enfants, a été successivement abattue à coups de feu et poignardée. Au moyen d'un énorme poignard, Thomas Mair lui a transpercé à quinze reprises le cœur, l'estomac, les poumons et le foie, en hurlant « la Grande-Bretagne[9] d'abord ».

La députée a aussi reçu trois balles, dont deux en pleine tête. Lorsque, deux jours après les faits, les policiers avaient demandé au meurtrier de décliner son identité, l'homme avait répliqué : « Mon nom est "mort aux traîtres, liberté pour la Grande-Bretagne". »[10]

Manifestation en mémoire de la députée britannique Jo Cox, le 22 juin, à Londres.

Un asocial devenu peu à peu terroriste

Selon les mots du président de la cour, mercredi, le crime a été inspiré par « l'idéologie de la suprématie raciale des Blancs et le nationalisme le plus fermé qui est associé aux formes modernes du nazisme ». Dans les jours précédant le meurtre, Thomas Mair avait fait de nombreuses recherches sur Internet, depuis chez lui ou à la bibliothèque municipale, qu'il fréquentait assidûment.

Il s'intéressait au Ku Klux Klan, aux Waffen SS, à Israël[11], aux tueurs en série et au matricide. Il avait acheté un pistolet allemand Weihrauch et avait vérifié sur la toile que son calibre 22 le rendait mortel. Chez lui, sur des étagères surmontées par un aigle doré flanqué d'une croix gammée, les policiers ont trouvé une série de livres[12] sur les nazis, le troisième Reich et le mouvement suprémaciste blanc.

Sa famille[13] ne lui connaissait que des « troubles obsessionnels compulsifs ». Hanté par la propreté, il se lavait avec une éponge à récurer[14]. Dans sa cuisine, toutes les étiquettes des boîtes de conserve étaient tournées précisément dans la même direction. Les experts[15] judiciaires l'ont toutefois jugé exempt de troubles psychiatriques et responsable de ses actes. Son avocat n'a d'ailleurs même pas tenté cette défense[16]. Ayant refusé obstinément de répondre[17] aux enquêteurs comme aux magistrats, Thomas Mair a été considéré comme plaidant non-coupable.

Lire aussi :   Royaume-Uni : le procureur souligne le mobile politique du meurtre de l'élue britannique Jo Cox [18]

Apparemment inconnu des groupes d'extrême droite, pourtant nombreux localement, vivant isolé, l'homme s'approvisionnait en littérature raciste aux Etats-Unis, comme l'ont révélé les bordereaux d'achat rendus publics par le Southern poverty law center, une organisation antiraciste américaine. En 1999, soit dix-sept ans avant son crime, il a acheté à la National alliance, une organisation américaine d'extrême droite, des manuels destinés à fabriquer[19] des bombes et à assembler[20] un pistolet, ainsi que de la littérature nazie.

Il s'était aussi abonné à une revue pro-apartheid. « J'ai malgré tout confiance que la race blanche continuera à dominer[21] en Grande-Bretagne et en Afrique[22] du Sud, avait-il écrit à ses responsables dès 1991, avant la fin de l'apartheid. Je crois que la lutte va être[23] très longue et très sanglante. » Ces éléments évoquent l'itinéraire d'un asocial devenu peu à peu terroriste, l'un de ces extrémistes dont l'Angleterre se pense souvent exempte, à la différence du continent et de son histoire[24] troublée.

« Ce pourquoi elle se battait est plus important »

Thomas Mair n'engageait jamais la conversation et ne croisait pas votre regard, a témoigné selon le Guardian, l'une des bibliothécaires de Birstall. Au moment du meurtre, les partisans du Brexit déployaient des arguments xénophobes avec une force sans précédent. Nigel Farage, le chef du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni[25] (UKIP, extrême droite) venait de sortir[26] une affiche représentant une colonne de réfugiés aux mines sombres et menaçantes envahissant l'Europe[27].

Saura-t-on jamais si ces tensions pré-Brexit ont décidé Thomas Mair à passer à l'acte ? Sa victime militait passionnément pour le maintien dans l'Union européenne et défendait l'ouverture du pays à l'immigration. Mercredi, son époux, Brendan Cox, présent à l'audience de la cour, a déclaré que sa famille « ne s'intéressait pas » au criminel et « avait seulement pitié de lui ». « La manière dont [Jo Cox] vivait est plus importante que la façon dont elle est morte, a-t-il ajouté. Ce pourquoi elle se battait est plus important que la haine qui a nourri cet acte. » [28][29]

Lire aussi :   « Souvenons-nous de la vie de Jo Cox, et pas des circonstances de sa mort » [30]

References

  1. ^ Toute l'actualité médias (www.lemonde.fr)
  2. ^ Conjugaison du verbe apaiser (conjugaison.lemonde.fr)
  3. ^ qui a été condamné à la prison à vie pour meurtre, mercredi 23 novembre (www.lemonde.fr)
  4. ^ Toute l'actualité procès (www.lemonde.fr)
  5. ^ Conjugaison du verbe confirmer (conjugaison.lemonde.fr)
  6. ^ Toute l'actualité projet (www.lemonde.fr)
  7. ^ Toute l'actualité police (www.lemonde.fr)
  8. ^ le meurtre commis le 16 juin à Birstall, dans le nord de l'Angleterre (www.lemonde.fr)
  9. ^ Toute l'actualité Bretagne (www.lemonde.fr)
  10. ^ Conjugaison du verbe décliner (conjugaison.lemonde.fr)
  11. ^ Toute l'actualité Israël (www.lemonde.fr)
  12. ^ Toute l'actualité livres (www.lemonde.fr)
  13. ^ Toute l'actualité famille (www.lemonde.fr)
  14. ^ Conjugaison du verbe récurer (conjugaison.lemonde.f r)
  15. ^ Toute l'actualité Les experts (www.lemonde.fr)
  16. ^ Toute l'actualité défense (www.lemonde.fr)
  17. ^ Conjugaison du verbe répondr e (conjugaison.lemonde.fr)
  18. ^ Royaume-Uni : le procureur souligne le mobile politique du meurtre de l'élue britannique Jo Cox (www.lemonde.fr)
  19. ^ Conjugaison du verbe fabriquer (conjugaison.lemonde.fr)
  20. ^ Conjugaison du verbe assembler (conjugaison.lemonde.fr)
  21. ^ Conjugaison du verbe dominer (conjugaison.lemonde.fr)
  22. ^ Toute l'actualité Afrique (www.lemonde.fr)
  23. ^ Conjugaison du verbe être (conjugaison.lemonde.fr)
  24. ^ Toute l'actualité histoire (www.lemonde.fr)
  25. ^ Toute l'actualité Royaume-Uni (www.lemonde. fr)
  26. ^ Conjugaison du verbe sortir (conjugaison.lemonde.fr)
  27. ^ Toute l'actualité Europe (www.lemonde.fr)
  28. ^ Conjugaison du verbe passer (conjugaison.lemonde.fr)
  29. ^ Toute l'actualité Union européenne (www.lemonde.fr)
  30. ^ « Souvenons-nous de la vie de Jo Cox, et pas des circonstances de sa mort » (www.lemonde.fr)

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