Jumat, 04 November 2016

De Gülen au parti prokurde : les têtes de Turcs d'Erdogan - Le Monde

Depuis le putsch avorté de juillet, le président Recep Tayyip Erdogan n'en finit pas de traquer ses ­opposants. Dernières cibles en date de cette purge : les cadres du parti prokurde.

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16 juillet 2016 : Fethullah Gülen, ­coupable désigné

Un tank devant l'aéroport d'Istanbul la nuit de la tentative de putsch, le 15 juillet 2016.

Le Parlement bombardé, 270 morts (dont 240 loya­listes), plus de 2 000 blessés : le bilan de la tentativ e de putsch menée dans la nuit du 15 au 16 juillet [2]est lourd. Arrivé à l'aube en avion à l'aéro­port Atatürk, à Istan­bul, Erdo­gan déclare : « Ce soulèvement est un don de Dieu. Il nous aidera à nettoyer[3] l'armée[4] de ses ­éléments factieux. » Il désigne comme ­suspect le prédicateur Fethullah Gülen[5], exilé aux États-Unis, dont la Turquie[6] réclame l'extradition.

Lire aussi   Turquie : le parquet requiert plus de 1 900 ans de prison pour Fethullah Gülen [7]

23 juillet : les fonctionnaires dans le collimateur

Le 24 juillet à Mugla, lors d'un contrôle routier dans le cadre de la recherche des soldats putschistes.

L'état d'urgence est ­prononcé pour trois mois le 20 juillet[8]. L'exécutif peut ainsi gouverner[9] par décret, sans l'aval du Parlement, avec un pouvoir[10] coerci tif ­illimité. Le 23 juillet, un décret avalise une première vague de purges. 10 000 militaires, policiers et magistrats sont arrêtés ou gardés à vue ; 58 000 fonctionnaires sont mis à pied. Le délai de garde à vue est porté à trente jours (au lieu de quarante-huit heures), dont cinq au secret, sans accès à un avocat.

Lire aussi   Erdogan installe sa « démocrature » en Turquie [11]

18 octobre : l'état d'urgence prolongé

Le 26 octobre à Diyarbakir, des policiers et une manifestante durant une marche de protestation contre l'arrestation des maires kurdes de la ville.

Le Parlement a décidé de proroger[12] ce régime d'exception jusqu'en janvier 2017[13]. Quotidiennes, les purges ­touchent tous les ­segments de la société : journalistes, écrivains, universitaires, hommes d'affaires, partisans de la cause kurde, élus kurdes, militants de gauche. Depuis juillet, 35 000 person­nes ont été inculpées, et 100 000 autres, ­soupçonnées de liens avec la confrérie des adeptes de Gülen, ont perdu leur emploi[14].

Lire aussi   Turquie : Ankara arrête les maires kurdes de Diyarbakir [15]

29 octobre : la peine de mort bientôt rétablie ?

Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara, le 29 octobre.

Le jour de la célébration du 93e anniversaire de la République, le président Erdogan a réaffirmé son intention de poser[16] au Parlement la question du rétablissement de la peine capitale. Abolie en 2004, la peine de mort n'a pas été appliquée depuis 1984. Son retour mettrait un terme à la poursuite des négociations d'adhésion avec l'Union européenne[17]. « Ce qui compte n'est pas ce que dit l'Occident mais ce que dit mon peuple », a clamé ­Erdogan à ses partisans.

Lire aussi   Peine de mort : Erdogan fait monter les enchères face à l'Europe [18]

31 octobre : le camp laïque à son tour visé

Manifestation devant le siège du quotidien « Cumhuriyet » , le 31 octobre, à Istanbul.

La police[19] arrête à l'aube douze employés et ­ journalistes du ­quotidien Cumhuriyet, emblématique de ­l'opposition kémaliste. Le rédacteur en chef, Murat Sabuncu, a été placé en garde à vue. Tous sont accusés de collusion avec les séparatistes kurdes du PKK et avec la ­communauté du ­prédicateur Fethullah Gülen. Les domiciles de plusieurs journalistes et employés ont été perquisitionnés à Ankara et Istanbul.

Lire aussi   Turquie : arrestation du rédacteur en chef du quotidien d'opposition « Cumhuriyet » [20]

Vendredi 4 novembre : le parti prokurde visé

La police turque a interpellé onze députés du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), le troisième parti au Parlement (59 députés sur 550), dont les coprésidents Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 novembre, dans le cadre d'une vaste opération qualifiée d'« antiterroriste ».

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