Le second grand oral a donné lieu jeudi à des échanges bien plus acerbes entre les sept candidats que lors du premier face à face.
Le second grand oral de la primaire de la droite a donné lieu jeudi 3 novembre au soir à des échanges bien plus acerbes que lors du premier débat télévisé, avec un Nicolas Sarkozy[1] de nouveau la cible de ses anciens ministres. Les sept candidats étaient invités à exposer[2] leurs positions sur les thèmes des migrants, de la façon de gouverner[3], du terrorisme, de la délinquance ou encore de l'éducation.
Lire aussi : Les sujets qui divisent les candidats de la primaire à droite [4]
Retour sur les positions exprimées par Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Jean-Frédéric Poisson et Nicolas Sarkozy réunis en direct salle Wagram, à Paris[5]. Chaque candidat avait à chaque fois une minute pour répondre[6] et une minute pour un droit de réponse (contre 30 secondes au premier débat).
Ce qu'ils ont dit sur les migrants
- A l'offensive, Jean-François Copé a attaqué pied au plancher[7], comme lors du premier débat, l'ancien chef de l'Etat sur sa politique[8] migratoire passée, notamment la signature des accords du Touquet en 2003. Alain Juppé a lui mis en cause deux éléments : les accords du Touquet et la politique[9] de reconduite à la frontière des demandeurs d'asile éconduits, en échec d'après lui.
- « Ce n'était pas l'accord du Touquet, mais l'accord de Canterbury, on n'est pas obligé de bien connaître[10]< /small> le dossier », a rétorqué M. Sarkozy, qui a aussi assuré de la justesse de sa réponse à l'époque, et demandé à nouveau aux Britanniques de prendre[11] part au traitement de cette question.
- Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle a insisté sur la nécessaire différenciation à faire, selon elle, entre réfugiés qui ont fui les persécutions et « ont le droit d'être accueillis en France » et migrants économiques « que nous ne pouvons pas accueillir[13] en ce moment ».[12]
Lire aussi : Tout savoir sur le traité du Touquet [14]
Ce qu'ils ont dit sur la façon de gouverner
Sur la pertinence d'établir un mandat présidentiel unique
- Alain Juppé, invité à se justifier de sa volonté de ne faire qu'un seul mandat, a raillé « tous ceux qui piaffent pour [lui] succéder »… en 2022, « et ils sont nombreux sur ce plateau ». Et de réaffirmer son engagement : « Si jamais nous nous plantions, (…) aucun d'entre eux ne me succédera parce que ce sera, hélas, une tout autre hypothèse », a-t-il ajouté, avant de pr� �ciser : « Malheureusement, ça sera peut-être l'heure du Front national[17]. Et c'est ça qu'il faut éviter[18] à tout prix. »[15]< a href="#readabilityFootnoteLink-16" class="readability-DoNotFootnote" style="color: inherit;">[16]
- Nicolas Sarkozy a quant à lui affirmé que s'il était élu président en 2017, il ne se représenterait pas en 2022. « J'aurai 67 ans à la fin de ce second mandat, si par hypothèse les Français me le confiaient. Ce serait le temps de remercier[19] la France[20] pour toutes ces années consacrées à son service », a affirmé l'ex-chef de l'Etat, qui n'avait jamais ouvertement indiqué qu'il ne comptait faire qu'un mandat.
- Bruno Le Maire, qui estime quant à lui que le mandat unique « n'est pas une bonne idée », a fait remarquer[21] que c'était « la première fois dans l'histoire[22] de la Ve République qu'autant de candidats se présentent en disant on ne fera qu'un mandat ».
- Pour François Fillon, « il ne faut pas faire de cette histoire de mandat unique une question de réforme constitutionnelle ».
- Interrogé sur un sujet connexe, Jean-François Copé a souligné vouloir s'« inscrire dans la rupture », estime que « la concertation, c'est pour la péri ode avant l'élection », mais qu'ensuite, « il faut gouverner par ordonnance ». [23]
- Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet elle a proposé « de donner[24] la parole aux citoyens », notamment « à travers des chambres de citoyens, entre deux élections majeures.
Sur la possibilité d'un gouvernement paritaire
- Jean-Frédéric Poisson a déclaré qu'il serait « tout à fait à l'aise s'il y avait davantage de femmes dans [son] gouvernement » tandis que pour François Fillon « la parité va de soi », citant le cas du premier gouvernement qu'il avait géré.
- Alain Juppé a jugé tout à fait « pertinente » l'idée de nommer[25] une femme à Matignon, alors qu'il était interrogé sur cette possibilité. « Ce n'est pas un engagement que je prends aujourd'hui, c'est une possibilité q ue j'ouvre », a-t-il nuancé. Il n'a en revanche pas souhaité confirmer[26] qu'il pourrait confier[27] le poste à Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France[28], qui lui a apporté son soutien.
Ce qu'ils ont dit sur la délinquance et la sécurité
Les candidats ont promis une réforme des règles de la légitime défense[29] pour permettre[30] aux policiers de faire plus facilement usage de leurs armes.
- Nicolas Sarkozy, soutenu sur ce point par Jean-Frédéric Poisson, défend « la présomption de légitime défense », car selon lui « le seul fait que le délinquant sorte son arme et pointe un représentant de l'ordre peut justifier l'usage par celui-ci, même si le délinquant n'a pas tiré, de son arme à feu ».
- Alain Juppé, comme Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet, veulent aligner[31] les règles applicables aux policiers à celles sur les gendarme s qui « peuvent après sommation faire usage de leur arme ». « Il faut permettre aux policiers de faire usage après sommation », a renchéri Bruno Le Maire. Seul François Fillon ne s'est pas exprimé sur le sujet.
- En annexe de cette thématique, les candidats ont aussi été interrogés sur les quartiers prioritaires. Sur cette question, Nicolas Sarkozy a fait valoir[32] son bilan, déclarant que « jamais la gauche n'en a fait le dixième ». Ce dernier a proposé « la suppression de l'exc use de minorité ».
Ce qu'ils ont dit sur la lutte contre le terrorisme
- Bruno Le Maire estime que « face à une menace d'exception, il faut une justice[33] d'exception ». Le candidat souhaite « permettre aux juges d'interpeller de manière préventive toute personne qui pourrait commettre[34] un acte terroriste ou d'expulser automatiquement un ressortissant étranger qui pourrait en commettre un ».
- Alain Juppé, lui, a abordé le sujet des contrôles aux frontières. « Aujourd'hui, les frontières extérieures de la zone Schengen ne sont pas efficacement contrôlées. Si nous ne le faisons pas, les contrôles aux frontières intérieures doivent être[35] rétablis. »
- Interrogé sur les djihadistes de retour en France, Nicolas Sarkozy a rappelé sa volonté : « S'ils ont la double nationalité, on les met dehors et on leur retire la nationalité immédiatement. S'ils sont français, on les envoie dans un centre[36] de rétention. »
- Quant à Jean-François Copé, il s'est refusé à évoquer une « justice d'exception », formule qui évoquerait pour lui l'OAS au temps de l'Algérie française. « Mais je veux des Marc Trévidic à tous les étages, il faut des juges qui ne fassent que de l'antiterrorisme[39]. »[37][38]
- La question devrait par ailleurs s'internationaliser, selon François Fillon : « Nous sommes en présence d'un phénomène totalitaire qui ne concerne pas qu e l'EI mais aussi l'Afghanistan[40], le Pakistan[41], le Yémen[42], le Sahel jusqu'au Nigeria[43]. (…). Il faut s'allier avec les Russes et tous ceux qui peuvent les combattre[44]. »
- Nathalie Kosciusko-Morizet, « pas convaincue par les unités de déradicalisation », entend « donner les moyens� �» à la France. Ce qui passerait, selon, par « augmenter le budget de l'armée[45] ».
- Toujours sur le volet international, Jean-Frédéric Poisson justifie ses deux séjours dans la Syrie de Bachar Al-Assad, qu'il a rencontré : « Je suis retourné en Syrie, je voulais m'assurer que Bachar était sur le départ, ça fait cinq ans qu'on le dit. Ça m'a permis aussi de voir[48] que l'opposition n'était pas aujourd'hui en mesure de gouverner. »[46][47]
Sur le rapport à Bayrou et aux formations centristes
- Nicolas Sarkozy a semblé fermer les yeux sur ses différends avec François Bayrou, malgré le soutien du dirigeant centriste à Alain Juppé dans la primaire de la droite : « J'ai pris un engagement, je le tiendrai. Je suis pour une alliance avec le centre. Je suis pour un centre avec nous, matin, midi et soir. »[49][50]
- Alain Juppé, qui bénéficie donc du soutien de principe de M. Bayrou, n'a pas voulu s'appesantir : « Je persiste et je signe : moi, je veux rassembler[51] la droite, le centre, les déçus du hollandisme ainsi que les déçus du FN s'il y en a. »
- Tandis que Bruno Le Maire, lui, a rappelé sa volonté de se focaliser sur son camp politique : « Il faut se demander[53] en 2016 quelle est notre ligne politique : c'est une droite qui est digne, qui n'a qu'une seule obsession : obtenir[54] des résultats. »[52]
- Pour sa part, François Fillon a refusé d'entrer dans ce débat : « 6 millions de chômeurs, 100% de dette, le totalitarisme islamique à nos portes » et la question « majeure » de la primaire, « c'est le maire de Pau[55]? »
- Même discours de la part de Jean-François Copé, qui « trouve aberrant que Bayrou ait réussi à devenir[56] le centre de nos conversations ». Et Nathalie Kosciusko-Morizet de renchérir : « Moi, ça fait plusieurs minutes que j'ai décroché du débat sur Bayrou... ». Et de souligner qu'« à chaque fois qu'on a gouverné, c'était en accord avec le centre. »[57]
- Lorsque la parole lui a été donnée, Jean-Frédéric Poisson a préféré jouer les intervieweurs et a demandé à Alain Juppé, favori des sondages, quelle serait sa position en cas de défaite dans la primaire. Réponse de l'intéressé : « Je soutiendrai le gagnant de la primaire (et donc potentiellement Nicolas Sarkozy) sans aucune espèce d'hésitation. »[58]
Sur le « ni-ni »
Le débat a en ensuite amené les candidats à se prononcer[59] sur l'attitude à adopter[60] en cas de second tour de la présidentielle opposant le Front national au Parti socialiste[61].
- Jean-Frédéric Poisson dément la possibilité de voter FN face à la gauche : « Il m'a été beaucoup reproché de troubler[63] les lignes ou jouer avec ligne rouge ou je ne sais quoi. »[62]
- Nathalie Kosciusko-Morizet rappelle plutôt son engagement en faveur d'un « front républicain » pour faire barrage au FN, quitte à voter exceptionnellement en faveur de la gauche.
- A l'inverse, Nicolas Sarkozy dit son opposition actuelle au front républicain, ce qui prête le flanc à la contestation : « Quand on veut être exemplaire, il faut l'être complètement. J'ai toujours été opposé au front républicain. »
- François Fillon, lui, se montre partagé et ne voterait ni pour l'un ni pour l'autre : « Je ne voterai jamais pour le FN, pas non plus pour Hollande. L'ouverture que je propose est une ouverture aux talents et à la société civile »
- Quant à Alain Juppé, il a recours à l'ironie : « Si je comprends bien, il est inacceptable de parler[64] avec Bayrou mais convenable de parler avec Marion Maréchal-Le Pen. Rassembler[65], c'est la meilleure façon d'éviter ce qui est un choix impossible. »
Ce qu'ils ont dit sur l'éducation
Présentée comme la « mère de toutes les réformes » en préambule de la séquence, cette thématique est arrivée à la fin du débat, et n'a eu droit qu'à un quart d'heure de mise en avant.
- Nathalie Kosciusko-Morizet souhaite « la suppression des nouveaux rythmes scolaires[66] » et croit en « l'autonomie des établissements ». Elle a insisté sur le maintien du collège unique, pour ne pas « trier les enfants à l'âge de 11 ans ».
- Interrogé sur les décrocheurs scolaires, Bruno Le Maire insiste sur l'autorité et souligne l'importance des savoirs fondamentaux, chiffrant à 20 % le nombre d'élèves entrant au collège « sans maîtriser[67] la langue française. » Le député de l'Eure tient par ailleurs à « revaloriser la voie professionnelle, qui vaut autant que voie générale ».
- Jean François Copé n'exclut pas, sur le ton de la boutade, un retour à l'uniforme et au bonnet d'âne. Réitérant ses propositions sur le retour de l'autorité à l'école, le député-maire de Meaux file l'analogie avec le système anglais, « uniforme et écusson de son collège » compris, accompagné d'un « service national obligatoire ». Exhortant à proposer[68] non seulement un diplôme mais aussi un métier, il appelle à « réhabiliter l'apprentissage », suivant le modèle allemand.
- Parlant de « crimes contre la jeunesse » à propos des personnalités[69] politiques ne souhaitant pas changer[70] la situation, François Fillon estime que « 40 % des élèves de CM2 ne maîtrisent pas les fondamentaux ». Il veut empêcher[71] l'entrée au collège des enfants ne maîtrisant pas les fondamentaux.
- Nicolas Sarkozy réitère sa proposition voulan t que « tout enfant qui ne maîtrise pas les fondamentaux parfaitement ne passe pas le niveau d'après. » L'ex-président veut que les enseignants travaillent plus, et qu'ils soient mieux payés à leurs débuts. Il rappelle que « tout jeune entre 18 et 25 ans qui n'aurait pas de formation[72] et pas d'emploi[73] serait envoyé au service milit aire. »
- Alain Juppé veut « mettre le paquet dans les petites classes » et alléger[74] les effectifs. Il souhaite l'autonomie des établissements, y compris dans le recrutement des enseignants.
- Rappelant que le « premier rôle de l'école est d'instruire », Jean-Frédéric Poisson veut un examen de passage à la fin de l'école primaire et la suppression du collège unique et souhaite que les enseignants soient évalués par leur chef de service.
Lire aussi notre décryptage : Réfugiés, terrorisme, éducation : les intox du deuxième débat de la primaire à droite [75]
References
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- ^ Conjugaison du verbe exposer (conjugaison.lemonde.fr)
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- ^ Les sujets qui divisent les candidats de la primaire à droite (www.lemonde.fr)
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