Exclusivement réservé aux hommes, ce centre d'accueil de 400 places est un lieu de transit : les réfugiés sont censés y rester de cinq à dix jours maximum.
Le Monde | • Mis à jour le | Par Louise Couvelaire
Ici, on ne parle surtout pas de « camp » pour migrants. Au 70, boulevard Ney, dans le nord de la capitale, on dit « Centre[1] humanitaire d'accueil pour réfugiés de Paris[2] ». Ce centre de 400 places exclusivement réservées aux homme s seuls arrivés depuis peu, ouvre jeudi 10 novembre. Derrière un portail sécurisé, à l'entrée, la « bulle » : une immense structure gonflable de 900 m2 destinée à l'accueil et à l'orientation des nouveaux venus.
A l'arrière, un ancien entrepôt de la SNCF[3], de 10 000 m2, abrite désormais huit « villages », composés chacun de douze cabanes en bois de 16 m2 chauffées avec quatre lits, ainsi qu'un pôle santé, une laverie, un « magasin » qui distribue gratuitement vêtements et kits d'hygiène, des tables de ping-pong et bientôt un terrain de foot. Le tout dans un sinistre bloc de béton défraîchi, coincé entre le périphérique et les boulevards des maréchaux que quelques fresques de couleurs tentent d'égayer.
Paris a déboursé 6,6 millions d'euros pour l'installation de ce nouveau centre d'accueil d'urgence, et l'Etat 1,3 millions d'euros. Les frais de fonctionnement annuels (dont les salaires des 120 salariés) sont partagés par la Ville – 1,4 millions d'euros – et l'Etat – 7,2 millions d'euros. Dans dix-huit mois, ce centre, ent ièrement démontable et remontable, devra s'installer ailleurs, pour laisser[4] place aux travaux de construction du Campus[5] Condorcet. Un autre centre similaire, pour les familles, les femmes enceintes et les femmes isolées, devrait voir[6] le jour en janvier 2017 à Ivry-sur-Seine (mais rien n'est prévu pour les mineurs isolés).
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Retard
Deux jours avant l'ouverture du centre, face à quelques journalistes, Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris, qui avait annoncé sa création en mai 2016, décrivait une « alternative digne à la rue », y voyant la preuve que « l'on peut faire[8] les choses avec humanité ». A ses côtés, la ministre du logement[9], Emmanuelle Cosse, se félicitait de « répondre à une nécessité » et de pouvoir[10] « montrer la qualité du travail[11] social[12] en France[13] qui fait l'honneur de notre pays ». Fières, toutes deux, d'offrir une alternative « humaniste » aux dortoirs de 400 personnes, aux enfilades de conteneurs et aux campements de fortune qui se sont installés à même le bitume ou la boue, à Calais[14] comme à Paris.
Place Stalingrad (19e), 3 800 exilés s'entassaient ainsi sous le métro aérien [15]et le long de l'avenue de Flandre, jusqu'à ce que les forces de l'ordre les délogent, le 4 novembre au petit matin, pour les « mettre à l'abri », notamment dans des centres d'accueil et d'orientation (CAO) ou dans des centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada).
Ce démantèlement, ainsi que celui de la jungle de Calais, intervenu quelques jours plus tôt, et l'afflux important de nouveaux migrants, ont été à l'origine du retard de l'ouverture du centre, initialement prévue début octobre. L'Etat a fait attendre[16] la maire de Paris, le temps de placer[17] les réfugiés dont les campements devaient être[18] évacués. Ne va rester[19] à Anne Hidalgo, contrainte de se soumettre[20] au calendrier du gouvernement, que les places potentiellement restantes. C'est là que le bât blesse.
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Premiers soins et bilans de santé
Le centre du boulevard Ney est un lieu de transit : les réfugiés sont censés y rester de cinq à dix jours maximum. « Ce n'est pas un centre d'hébergement, mais un sas au sein duquel nous pourrons répondre[22] à leurs besoins vitaux, précise Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité, qui gère les lieux (avec l'aide de quelques centaines de bénévoles). Les migrants pourront recevoir[25] les premiers soins, avoir[26] quelques jours de répit, être informés sur leurs possibilités et sur ce qui va leur arriver[27]. »[23][24]
Le bon fonctionnement de cette nouvelle structure va donc entièrement dépendre[28] de la gestion du flux. Seulement, les CAO et les CADA affichent pour beaucoup déjà complets, tandis que le nombre d'exilés ne cesse d'augmenter. A l'heure actuelle, personne ne sait combien de réfugiés vont se présenter[29] boulevard Ney. Emmaüs, notamment, a prévenu les associations et effectué des maraudes.
Devant cette incertitude, l'association Médecins du Monde[30], qui propose avec le Samu Social de Paris des bilans de santé au sein du centre, ne s'est pas engagée au-delà du mois de janvier. Sa présidente, Françoise Sivignon, juge le challenge « phénoménal » et avoue se poser[31] « beaucoup de questions ». Parmi ses craintes : que le centre ne devienne un camp de triage entre ceux que l'on appelle les « dublinés » (demandeurs d'asile qui ont laissé leurs empreintes dans un autre pays d'Europe[32] et qui, au nom du règlement de Dublin, devraient y demander
Le nombre d'arrivées par jour à Paris est évalué entre cinquante et soixante-dix. Entre l'évacuation du campement, vendredi dernier, et l'ouverture du centre aujourd'hui, il y aurait donc déjà près de 400 nouveaux réfugiés dans les rues
Paris ne veut plus de réfugiés dans ses rues
Mais les migrants n'ont plus le choix. La politique[34] de la Ville est claire : Paris ne veut plus de réfugiés dans ses rues. Place Stalingrad, quatre camionnettes de CRS, deux voitures[35] de police[36], des policiers en uniformes et d'autres en civil avec des brassards orange[37] sont là pour s'en assurer[38]. Et l'allée centrale de l'avenue de F landre a été condamnée par des grillages. Les exilés qui n'ont pas l'air de savoir[39] où ils vont ont peu de chances d'échapper au contrôle d'identité.
Lire aussi : Migrants à Paris : la carte des 29 camps démantelés en un an et demi [40]
Ismail trace sa route. Emmitouflé dans sa doudoune noire, un sac à dos à l'épaule, le regard fixé droit devant lui, ce Soudanais de 26 ans, arrivé à Paris il y a deux semaines, traverse la rue sans dévier[41] de sa trajectoire initiale, malgré la quinzaine de policiers qu'il vient d'apercevoir sur le trottoir d'en face. Il frôle les uniformes avec la mine assurée d'un parisien qui connaît son chemin. Le tour est joué, il passe sans être repéré.
Ce n'est pas le cas d'un groupe de jeunes, à quelques mètres de lui. Certains, dans l'incapacité de fournir[42] la preuve immédiate qu'ils sont hébergés quelque part, sont embarqués. « On va leur trouver[43] un hébergement », assure un policier. Encore faut-il qu'il y ait de la place. Le nombre d'arrivées par jour à Paris est évalué entre cinquante et soixante-dix. Entre l'évacuation du campement, vendredi dernier, et l'ouverture du centre aujourd'hui, il y aurait donc déjà près de 400 nouveaux réfugiés dans les rues. Soit le nombre de places disponibles dans le centre humanitaire. A peine ouvert et déjà saturé ?
References
- ^ Toute l'actualité Centre (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Paris (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité SNCF (www.lemonde.f r)
- ^ Conjugaison du verbe laisser (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Campus (www.lemonde.fr)
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- ^ A Barbès, carrefour des migrants (www.lemonde.fr)
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- ^ 3 800 exilés s'entassaient ainsi sous le métro aérien (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe attendre (conjugaison.lemonde.fr)
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- ^ Migrants : « La polémique engagée par Laurent Wauquiez est affligeante » (www.lemonde.fr)
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- ^ Conjugaison du verbe poser (conjugaison.lemonde.fr)
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- ^ Conjugaison du verbe demander (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité politique (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité voitures (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité police (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité orange (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe assurer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe savoir (conjugaison.lemonde.fr)
- < small>^ Migrants à Paris : la carte des 29 camps démantelés en un an et demi (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe dévier (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe fournir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe trouver (conjugaison.lemonde.fr)
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