Dans un entretien à la chaîne CBS, le président élu a affirmé, dimanche, qu'il expulserait « 2 à 3 millions » de sans-papiers. Il a également ouvert la voie à une offensive contre le droit à l'avortement
Le Monde | • Mis à jour le | Par Gilles Paris[1] (Washington, correspondant)
Donald Trump a tranché. En désignant, dimanche 13 novembre, comme chef de cabinet de la Maison Blanche, un poste éminemment politique[2], Reince Priebus, le président du Republican National Committee, la plus haute instance du Parti républicain[3], le magnat de l'immobilier[4] a fait un choix conventionnel.
M. Priebus, 44 ans, est en effet un parfait apparatchik. Il a présidé le Grand Old Party (GOP) dans le Wisconsin, son Etat d'adoption qui a basculé dans le camp conservateur le 8 novembre, avant d'en prendre[5] les commandes au niveau national, en 2011.
Cette nomination s'ajoute à l'influence croissante prise par le vice-président élu, Mike Pence, devenu, vendredi, le chef de l'équipe chargée de préparer[6] la transition avec l'administration Obama. Avant d'être élu gouverneur de l'Indiana en 2012, ce dernier a passé plus d'une décennie au Congrès.
Il est cependant trop tôt pour conclure[7] à une « normalisation ». M. Trump continue de donner[8] des gages à plusieurs tendances[9] qui cohabitent au sein de son entourage. Le nom de Stephen Bannon, ancien responsable du site d'informations ultraconservateur Breitbart News, avait également été avancé pour le poste de chef de cabinet. Il n'a pas été choisi pour occuper[10] la fonction, mais il va, lui aussi, faire[11] son entrée à la Maison Blanche avec un titre[12] de conseiller[13] stratégique dont le contenu reste à définir[14], mais qui constitue néanmoins une victoire pour les idées[15] radicales pour lesquelles il milite, proches du courant dit « de l'Alternative Right », l'Alt-Right.
Lors de l'« OPA » inamicale du milliardaire sur le parti, M. Priebus a réussi à maintenir[16] un équilibre impossible entre un candidat en rupture avec une bonne partie des dogmes conservateurs et des élus, qui se sont difficilement résignés à sa victoire dans la course à l'investiture.
Lire aussi : Face à Donald Trump, les Européens redoutent « le saut dans l'inconnu » [17]
Dépourvu de relais à Washington, M. Trump n'a pu qu'apprécier sa loyauté, y compris aux pires moments de sa campagne. Dans la nuit de mardi à mercredi, au cours de son discours de remerciements prononcé une fois sa victoire acquise, il avait d'ailleurs tenu à rendre[18] un hommage particulier à M. Priebus en l'invitant à le rejoindre[19] sur scène.
Outre sa connaissance des rouages de Washington, ce dernier est précieux pour M. Trump, compte tenu de la relation particulière qu'il entretient avec le speaker (président) de la Chambre des représentants, Paul Ryan, un autre républicain du Wisconsin. Mais ce dernier, souvent attaqué par M. Trump pendant la campagne, n'aura pas que des amis à la Maison Blanche. L'inimitié entre M. Bannon et M. Ryan est en effet de notoriété publique. Le speaker, jugé trop modéré, est souvent pris pour cible par Breitbart News.
Equilibrisme politique
Quelques heures après les nominations, la chaîne CBS a diffusé, dimanche, le premier entretien du président élu, enregistré deux jours plus tôt. Ce dernier a poursuivi à cette occasion cet équilibrisme politique[20] en donnant des gages aux deux principaux courants de son camp.
Evoquant le dossier de l'immigration, qui a constitué la rampe de lancement de sa candidature, en 2015, le milliardaire new-yorkais a donné une estimation chiffrée du nombre de sans-papiers qu'il compte expulser[21]. Le sujet a soulevé des interrogations parce que M. Trump avait envisagé, dans un premier temps, de renvoyer[22] en dehors des Etats-Unis la totalité des sans-papiers, dont le nombre est estimé généralement à plus de onze millions de personnes.
Dimanche, il s'est concentré sur les « criminels qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue », « sans doute deux millions », mais « ça peut aussi être[23] trois millions ». Ce chiffre peut paraître[24] élevé. Il est à rapprocher[25] des 2,5 millions de personnes qui ont été expulsées au cours des sept premières années de la présidence Obama, de 2009 à 2015. Soit un chiffre qui pourrait être supérieur à celui envisagé pour l'instant par le futur président, qui n'a toutefois pas donné de calendrier pour la mise en œuvre d'une telle mesure.
Se présentant comme hostile à l'avortement, M. Trump a par ailleurs ouvert la voie à une offensive contre l'arrêt de la Cour suprême Roe v. Wade, qui avait légalisé l'interruption volontaire de grossesse[26] (IVG) en 1973. « Je suis pro-vie et les juges seront pro-vie », a-t-il dit à propos des juristes qu'il compte nommer[27] pendant son mandat. Un seul siège est pour l'instant vacant à la Cour suprême qui est partagée entre quatre juges nommés par des présidents républicains et quatre juges désignés par des présidents démocrates.
M. Trump renonce à son salaire de président
Revenir sur ce droit fédéral signifierait que sa légalité serait déterminée au niveau des Etats. Une éventualité dont est convenu le milliardaire. Les Etats les plus conservateurs pourraient alors l'interdire. Cette concession à l'aile droite religieuse s'est doublée cependant d'une autre au camp libéral puisque M. Trump n'a pas jugé nécessaire de revenir[28] sur la légalisation du mariage homosexuel. « C'est la loi (…). Cela me va », a-t-il dit, à propos de l'arrêt Obergefell v. Hodges qui date de 2015.
M. Trump, qui a aussi annoncé renoncer[29] à son salaire de président – soit 400 000 dollars (370 000 euros) par an – ne s'est pas seulement exprimé sur CBS dimanche. Il a également publié sur son compte Twitter[30] neuf messages aux tonalités très différentes. Il s'est to ut d'abord attaqué au New York Times, assurant que le quotidien était désormais déserté par ses lecteurs du fait d'une couverture partisane de l'élection présidentielle. Le journal a riposté en publiant des chiffres témoignant du contraire.
Toujours sur Twitter[31], le milliardaire a aussi informé la nation des félicitations reçues de la part de deux de ses adversaires républicains les plus opiniâtres, l'ancien candidat à la présidence Mitt Romney[32] et le gouverneur de l'Ohio John Kasich[33]. La normalisation de son expression publique, elle, n'est pas encore à l'ordre du jour.
References
- ^ Gilles Paris (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité politique (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Parti républicain (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité immobilier (www.lemonde.fr)
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- ^ Conjugaison du verbe paraître
(conjugaison.lemonde.fr) - ^ Conjugaison du verbe rapprocher (conjugaison.lemonde.fr)
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- ^ Toute l'actualité Twitter (www.lemonde.fr)
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- ^ Toute l'actualité Mitt Romney (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité John Kasich (www.lemonde.fr)
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