Kamis, 22 September 2016

« Bahamas Leaks » : la société offshore cachée de l'ex-commissaire européenne à la concurrence - Le Monde

Neelie Kroes a été directrice, entre 2000 et 2009, d'une société enregistrée aux Bahamas, dont l'existence n'a jamais été révélée aux autorités bruxelloises, selon nos informations.

Le Monde et les médias[1] partenaires du Consortium international[2] des journalistes d'investigation (ICIJ) ont eu accès à de nouveaux documents confidentiels, les « Bahamas Leaks[3] », portant sur l'équivalent d'un « registre du commerce » bahamien. Parmi les plus de 175 000 structures offshore enregistrées dans ce paradis fiscal depuis 1990, certaines sont liées à des personnalités[4] politiques de premier plan.

  • Neelie Kroes, ancienne commissaire européenne à la concurrence, détentrice d'une société offshore non déclarée

Classée cinq années de suite parmi les femmes les plus puissantes du monde[6] par le magazine[7] Forbes, Neelie Kroes, ex-commissaire européenne à la concurrence (2004-2009) de la Commission Barroso, a été directrice, entre 2000 et 2009, de Mint Holdings Limited, une société enregistrée aux Bahamas.

Selon nos informations, l'existence de cette société offshore n'a jamais été révélée aux autorités bruxelloises comme elle aurait pourtant dû l'être dans les déclarations d'intérêt remplies par Mme Kroes à son entrée en poste. Elle y affirmait pourtant avoir[8] abandonné tous ses mandats avant son entrée à la Commission.

Enregistrée au mois de juillet 2000 auprès des autorités bahamiennes, Mint Holdings aurait dû servir[9] à une grosse opération financière qui consistait à racheter[10] plus de 6 milliards de dollars d'actifs à la branche internationale énergie d'Enron, dans le cadre de l'opération « Project Summer ».

Cette opération devait être[11] financée principalement par des investisseurs proches de la famille[12] royale des Emirats arabes unis ainsi que par des hommes d'affaires saoudiens. L'état bancal des comptes de la société américaine Enron ainsi que des problèmes de santé du principal inv estisseur du projet[13] – l'ancien président des Emirats arabes unis, Zayed Al-Nayane, mort en 2004 – ont eu raison du rachat.

Lire l'enquête intégrale :   l'ancienne commissaire européenne Neelie Kroes rattrapée par sa société offshore [14]

Contactée, Neelie Kroes a d'abord démenti avant de finalement confirmer[15] avoir été nommée « directrice non exécutive » de Mint Holdings. Par l'entremise de ses avocats, elle soutient que sa société n'a « jamais été opérationnelle », et qu'elle n'en a reçu aucun avantage financier.

Si elle admet que sa non-déclaration à la Commission était un oubli, Mme Kroes précise néanmoins que le fait qu'elle soit mentionnée, dans les documents que Le Monde a pu consulter[16], en tant qu'administratrice de la société jusqu'en 2009 « était une erreur administrative » : sa présence en tant que directrice aurait dû, selon elle, être supprimée dès 2002.

L'ex-commissaire se dit « prête à assumer[17] l'entière responsabilité » de cette omission et en a informé l'actuel président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Un porte-parole de la Commission a déclaré qu'ils « allaient examiner[18] les faits avant de faire[19] un commentaire ».

Les fonctions de Mme Kroes l'ont en effet conduite à l'époque à œuvrer en faveur de la libéralisation du marché de l'énergie, justement celui dans lequel évoluait Enron et au sein duquel les Emirats arabes unis occupent une place prépondérante, avec des réserves gazières parmi les plus importantes du monde.

En 2005, la société Mint Holdings, qui avait perdu son objet initial, a été réactivée pour mener[20] des opérations biens réelles. Ni la nature de ces nouvelles activités ni celle des flux financiers qui ont circulé sur les comptes de Mint Holdings ne sont connues, mais elles restent hautement problématiques pour l'ex-commissaire, qui était encore en place à l'époque. Ce n'est que moins de deux mois avant son changement de portefeuille – elle devient, en 2009, commissaire à la société numérique – que Neelie Kroes démissionne de ses fonctions d'administratrice de Mint Holdings.

L'ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, en 2014 à Bruxelles.

Les révélations sur l'ancienne commissaire européenne risquent de ternir[21] encore plus l'image d'une institution déjà régulièrement accusée d'être plus sensible au business des lobbys qu'à l'intérêt des citoyens européens.

L'arrivée de l'ancien président[22] de la Commission européenne – entre 2004 et 2014 –, José Manuel Barroso, chez Goldman Sachs avait déjà provoqué une vague d'indignation, y compris au sein des personnels des institutions européennes, d'ordinaire discrets.

Si la Commission se défend en soulignant que le code de conduite des commissaires européens avait été respecté à la lettre par M. Barroso, la médiatrice européenne a relancé la polémique au début du mois, en poussant M. Juncker à soumettre[23] le « cas » Barroso au comité d'éthique.

Le code de conduite[24] a été réformé en 2011 mais il ne prévoit aucune sanction spécifique et présente de nombreuses faiblesses : selon un rapport paru en 2015, un tiers des commissaires qui ont quitté Bruxelles après la fin de la Commission Barroso 2 sont allés travailler[25] pour des multinatio nales. Parmi eux… Neelie Kroes, qui a été débauchée[26] par Bank of America Merrill Lynch et Uber.

Lire aussi :   Affaires Barroso et Bahamas Leaks : la Commission Juncker embarrassée [27]

Les documents obtenus par la Süddeutsche Zeitung et partagés avec l'ICIJ portent sur 175 480 structures offshore enregistrées dans ce paradis fiscal des Caraïbes entre 1990 et 2016. Si certaines de ces informations sont déjà publiques – moyennant une dizaine de dollars par document – en se rendant physiquement au registre du commerce des Bahamas ou à travers sa version en ligne, les informations disponibles dans ces registres officiels sont parfois incomplètes, voire même contredites par des documents issus des « Bahamas Leaks ».

Les « Bahamas Leaks » permettent aussi de retrouver[28] la trace de plusieurs dirigeants mondiaux en tant que directeurs de structures offshore, comme le ministre des finances canadien Bill Morneau[29], le vice-président angolais Ma nuel Vicente, l'ancien émir du Qatar[30] Hamad ben Khalifa Al-Thani (1995-2013), l'ancien premier ministre de Mongolie[31] Sükhbaataryn Batbold (2009-2012) ou encore l'ancien ministre colombien des mines Carlos Caballero Argaez.

Le consortium ICIJ, qui a coordonné cette nouvelle publication, a décidé de rendre[32] publique une grande partie de ces informations (noms des société[33]s, dates de création et de dissolution, identité des administrateurs et des intermédiaires, etc.) pour venir[34] enrichir[35] sa base de données en ligne de l'offshore[36].

Lire aussi :   « Bahamas Leaks » : une nouvelle brèche dans l'opacité des paradis fiscaux [37]

Ces dernières années, les Bahamas avaient joué le jeu de la coopération[38] fiscale, en acceptant de lever[39] le secret bancaire et d'échanger « à la demande » des informations sur des ressortissants étrangers possédant des actifs sur les îles. Les Bahamas ont, à ce titre[40], été notés « globalement conformes » en matière de coopération[41] par l'Organisation de coopération et de développement[42] économiques, instance chargée par le G20 de lutter[43] contre la fraude et l'évasion fiscale.

Mais depuis quelques semaines la donne a changé : le passage à un système mondial d'échange automatique d'informations fiscales entre les pays doit se substituer[44] au mode[45] d'échange à la demande. Or, après s'être engagé à utiliser[46] ce nouveau système d'ici à 2018, Nassau semble se rétracter[47] afin de protéger[48] son secteur financier et éviter[49] une fuite de capitaux. Et pour cause, celui-ci pèse pour 20 % du produit intérieur brut du pays.

Lire aussi :   « Bahamas Leaks » : après avoir lâché du lest sur leur secret bancaire, les Bahamas se rétractent [50]

References

  1. ^ Toute l'actualité médias (www.lemonde.fr)
  2. ^ Toute l'actualité international (www.lemonde.fr)
  3. ^ Toute l'actualit� � Leaks (www.lemonde.fr)
  4. ^ Toute l'actualité personnalités (www.lemonde.fr)
  5. ^ Ces documents (offshoreleaks.icij.org)
  6. ^ Toute l'actualité monde (www.lemonde.fr)
  7. ^ Toute l'actualité le magazine (www.lemonde.fr)
  8. ^ Conjugaison du verbe avoir (conjugaison.lemonde.fr)
  9. ^ Conjugaison du verbe servir (conjugaison.lemonde.fr)< /li>
  10. ^ Conjugaison du verbe racheter (conjugaison.lemonde.fr)
  11. ^ Conjugaison du verbe être (conjugaison.lemonde.fr)
  12. ^ Toute l'actualité famille (www.lemonde.fr)
  13. ^ Toute l'actualité projet (www.lemonde.fr)
  14. ^ l'ancienne commissaire européenne Neelie Kroes rattrapée par sa société offshore (www.lemonde.fr)
  15. ^ Conjugaison du verbe confirmer (conjugaison.lemonde.fr)
  16. ^ Conjugaison du verbe consulter (conjugaison.lemonde.fr)
  17. ^ Conjugaison du verbe assumer (conjugaison.lemonde.fr)
  18. ^ Conjugaison du verbe examiner (conjugaison.lemonde.fr)
  19. ^ Conjugaison du verbe faire (conjugaison.lemonde.fr)
  20. ^ Conjugaison du verbe mener (conjugaison.lemonde.fr)
  21. ^ Conjugaison du verbe ternir (conjugaison.lemonde.fr)
  22. ^ L'arrivée de l'ancien président (www.lemonde.fr)
  23. ^ Conjugaison du verbe soumettre (conjugaison.lemonde.fr)
  24. ^ Le code de conduite (ec.europa.eu)
  25. ^ Conjugaison du verbe travailler (conjugaison.lemonde.fr)
  26. ^ qui a été débauchée (www.lemonde.fr)
  27. ^ Affaires Barroso et Bahamas Leaks : la Commission Juncker embarrassée (www.lemonde.fr)
  28. ^ Conjugaison du verbe retrouver (conjugaison.lemonde.fr)
  29. ^ le ministre des finances canadien Bill Morneau (www.lapresse.ca)
  30. ^ Toute l'actualité Qatar (www.lemonde.fr)
  31. ^ Toute l'actualité Mongolie (www.lemonde.fr)
  32. ^ Conjugaison du verbe rendre (conjugaison.lemonde.fr)
  33. ^ Toute l'actualité société (www.lemonde.fr)
  34. ^ Conjugaison du verbe venir (conjugaison.lemonde.fr)
  35. ^ Conjugaison du verbe enrichir (conjugaison.lemonde.fr)
  36. ^ sa base de données en ligne de l'offshore (offshoreleaks.icij.org)
  37. ^ « Bahamas Leaks » : une nouvelle brèche dans l'opacité des paradis fiscaux (www.lemonde.fr)
  38. ^ Toute l'actualité coopération (www.lemonde.fr)
  39. ^ Conjugaison du verbe lever (conjugaison.lemonde.fr)
  40. ^ Conjugaison du verbe titre (conjugaison.lemonde.fr)
  41. ^ en matière de coopération (www.oecd.org)
  42. ^ Toute l'actualité développement (www.lemonde.fr)
  43. ^ Conjugaison du verbe lutter (conjugaison.lemonde.fr)
  44. ^ Conjugaison du verbe substituer (conjugaison.lemonde.fr)
  45. ^ Toute l'actualité mode (www.lemonde.fr)
  46. ^ Conjugaison du verbe utiliser (conjugaison.lemonde.fr)
  47. ^ Conjugaison du verbe r� �tracter (conjugaison.lemonde.fr)
  48. ^ Conjugaison du verbe protéger (conjugaison.lemonde.fr)
  49. ^ Conjugaison du verbe éviter (conjugaison.lemonde.fr)
  50. ^ « Bahamas Leaks » : après avoir lâché du lest sur leur secret bancaire, les Bahamas se rétractent (www.lemonde.fr)

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