En septembre 2009, alors qu'il était président d'Israël depuis deux ans, Shimon Pérès nous accordait un entretien, que nous n'avions pas publié à l'époque. Nous le faisons à présent, à l'occasion de sa mort, survenue mercredi.
Le Monde | • Mis à jour le | Propos recueillis par Annick Cojean[1]
Je ne serais pas arrivé là si…
… Si je n'avais pas fait preuve, à chaque instant de ma vie, d'un optimisme forcené. Malgré les menaces, malgré les guerres. Malgré un environnement[2] où le pessimisme, hélas, est mieux considéré. Je suis consterné de voir[3] à quel point tout est fait pour casser[4] l'élan, l'audace, le rêve, inciter[5] au scepticisme, voire au cynisme, alors qu'il faudrait insuffler[6] de la force et de la confiance dans le monde[7]. Parents et professeurs cherchent à normaliser[8] les enfants ; contraignent, encadrent, limitent au lieu de donner[9] des ailes. Quelle erreur !
Pensez-vous[10] avoir[11] eu de la chance ?
Bien sûr ! Celle d'avoir croisé la route d'un génie : Ben Gourion, le fondateur de l'Etat d'Israël. A la fois un véritable intellectuel et un leader né, ce qui est une combinaison particulièrement rare. Un homme érudit, avide de connaissances dans tous les domaines – histoire[12], langues, philosophie – mais aussi un homme de poigne et de décision. Il n'esquivait aucune question, se fichait des conventions, remettait en question toutes les idées[13] reçues. Et ne flottait pas. Il savait où il allait. Solide comme un roc. Avec un code moral et un grand sens de l'histoire. Je suis devenu ben-gourioniste à 15 ans et n'ai jamais changé d'avis.
Comment vous a-t-il remarqué ?
Sûrement pas par mon érudition, car j'étais alors ignorant. J'appartenais à un kibboutz, convaincu que la meilleure façon de construire[14] le pays était d'être pionnier et de cultiver[15] la terr e. Mais j'avais aussi rallié un mouvement de jeunesse ouvrière, dans lequel – je m'en suis vite rendu compte – la grande majorité des membres étaient communistes, persuadés que la Russie[16] soviétique représentait l'avenir. Or, ce n'était pas le cas de Ben Gourion, qui voyait en Staline un dictateur monstrueux, refusait le principe d'un socialisme importé, et professait un anticommunisme, antiléninisme, antimarxisme totalement iconoclastes pour l'époque. Tout était dans la Bible, martelait-il, berceau d'un socialisme pacifique et généreux. J'étais fasciné par sa clairvoyance, mais minoritaire dans le mouvement. Je me suis exprimé lors d' une convention, et voilà qu'à la surprise générale, j'ai remporté la majorité des voix. Cela n'a pas échappé à l'entourage de Ben Gourion.
Vous avez donc très vite travaillé auprès de lui. Qu'exigeait-il de ses collaborateurs ?
Une vision de l'avenir – savoir[17] imaginer[18] est tellement plus périlleux que savoir se souvenir[19]. Une totale loyauté – le mensonge est quelque chose qu'il ne pardonnait pas. Et une rectitude morale qui, pour lui, était le plus haut degré de la sagesse. J'ai appris de lui autant qu'il est possible d'apprendre d'un autre homme.
Comment le jeune idéaliste du kibboutz est-il devenu le « monsieur armement » d'Israël ?
Ben Gourion m'avait appelé auprès de lui dès 1947, mais très vite, alors que la proclamation de l'Etat d'Israël a tout de suite provoqué une guerre avec le monde[20] arabe, la question de notre armement s'est révélée cruciale. Ce fut ma mission : trouver[21] des armes. Les E tats-Unis et la Grande-Bretagne[22] avaient décrété l'embargo, l'Union soviétique manifesta très vite son soutien aux Arabes. J'ai misé sur la France, malgré les hauts cris de l'establishment israélien, pétri de culture[23] anglo-saxonne et méfiant à l'égard de la France[24] et de De Gaulle. Vous n'imaginez pas la violence des critiques que j'ai reçues. Mais j'ai foncé ! Je ne parlais pas la langue, j'ignorais le pays, mais je sentais que l'héritage du maquis ne pouvait qu'être favorable aux juifs et à Israël. Mon intuition a payé. La connexion française s'est avérée prodigieuse ! Et je n'avais pas 30 ans quand Ben Gourion m'a nommé directeur du ministère de la défense.
Une leçon tirée de votre parcours ?
La meilleure façon d'apprendre à nager[25] est de le faire[26] à contre-courant. Sans craindre[27] la solitude, la controverse, l'impopularité. J'ai été attaqué toute ma vie, conspué, sans que cela influe jamais sur mon comportement. Et me voilà aujourd'hui président d'Israël, doté de taux de popularité stupéfiant ! N'est-ce pas à méditer ?
References
- ^ Annick Cojean (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité environnement (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe voir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe casser (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe inciter (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe insuffler (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité le monde (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe normaliser (conjugaison.lemonde.fr)
^ Conjugaison du verbe donner (conjugaison.lemonde.fr) - ^ Toute l'actualité vous (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe avoir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité histoire (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité idées (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe construire (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe cultiver (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Russie (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe savoir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe imaginer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe souvenir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité monde (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe trouver (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Bretagne (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité culture (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité France (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe nager (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe faire (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe craindre (conjugaison.lemonde.fr)
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