Depuis l'été, 850 hôpitaux publics se sont regroupés en 135 Groupements hospitalier de territoires[1] (GHT) : onze ont été créés en Normandie[2] qui a la particularité d'avoir de ux centres hospitaliers universitaires à Rouen et Caen.
C'est quoi l'hôpital de demain ?
Philippe Valletoux : « C'est un hôpital plus ouvert sur son environnement parce qu'il est tourné vers les autres hôpitaux de son territoire. Ce sont les GHT avec plus de coopérations, de partage de moyens. C'est la mutualisation avec une offre de soins qui, par ce biais-là, peut répondre à la pénurie de médecins, aux contraintes budgétaires, aux besoins des patients mais aussi à l'innovation comme la télémédecine... Un hôpital qui prend tout cela en compte et adapte son offre de soins. C'est aussi une ouverture vers la médecine de ville dans un dialogue renouvelé, il faut le souhaiter, parce que l'hôpital tout seul, même si c'est le cœur du système de santé, ce n'est pas l'alpha et l'oméga à lui tout seul du système de soins. L'hôpital souffre aussi du dysfonctionnement du syst� �me de santé autour de lui, notamment libéral, et il doit s'adapter notamment aux déserts médicaux. »
Le but est aussi de faire des économies. Ce qui inquiète les organisations syndicales de la santé avec d'éventuelles diminutions de postes...
« Faire des économies pour faire des économies, dans l'absolu certainement pas ! Après, nous avons toujours plaidé à la Fédération hospitalière que les hôpitaux n'étaient pas des organisations déconnectées des autres organisations publiques dans ce pays et qu'ils devaient participer à l'effort de maîtrise des dépenses. Cela veut dire dépenser mieux et pas dépenser moins. Ce sont des organisations complexes. Il y a un million de personnes qui travaillent dans les hôpitaux avec leurs lourdeurs, leurs contraintes. Mais ils savent aussi innover et on dépensera différemment demain qu'hier. Il faudra s'adapter au monde de demain. »
La Fédération hospitalière de France (FHF) a toujours été un ardent défenseur des GHT...
« Oui, car c'est la capacité des hospitaliers, lorsqu'ils s'assoient autour d'une table, à mettre en place un projet médical de territoire. S'il y en a onze en Normandie, c'est parce qu'il y a un moment ou les coopérations s'organisent ainsi et que les professionnels eux-mêmes ont souhaité que ça le soit. Les CHU, en Normandie comme ailleurs, ont un rôle pivot. Ils sont un GHT mais aussi dans tous les GHT parce qu'ils apportent des plateaux de pointe, la recherche, la formation, de l'hyper spécialité qui sont nécessaires à tous les GHT. Donc, les 135 GHT sont tous connectés à un CHU même si formellement ils n'ont pas un CHU dans leur périmètre territorial. Rouen sera structurant, tout comme Caen, pour la filière soins. »
A. L.
a.lemarchand@presse-normande.com
Les axes du GHT de l'hôpi tal Charles-Nicolle de Rouen
Coprésidents de la Fédération normande de la FHP, Emmanuèle Jeandet-Mengual (conseillère municipale à Rouen) et le député PS de Caen Philippe Duron répondent sur la mise en place des GHT en Normandie. « Nous avons été dans un dialogue extrêmement serré entre l'Agence régionale de santé et les hospitaliers pour arriver à ces onze GHT dans la région, explique Emmanuèle Jeandet-Mengual. C'est le bon nombre aujourd'hui, il y a un vrai territoire de santé à Dieppe et on n'a pas donné un GHT là-bas pour calmer des élus mais parce que cela correspond à un territoire qui a, par ailleurs, besoin de s'adosser au CHU de Rouen parce que dans un certain nombre de domaines d'expertises médicales, elles sont ici à Rouen et pas à Dieppe ! Mais le lien normal entre le CHU et l'ensemble des GHT de l'ex-Haute-Normandie permettra à Dieppe d'arriver au bon niveau d'expertises pour que son territoire hospitalier fonctionne comme il faut. Le GHT de Rouen aura essentiellement une dominante médicale sur la filière personnes âgées parce qu'il y a un certain nombre d'établissements de petites tailles et le lien avec le CHU est extrêmement important car la filière personnes âgées sera adossée à l'expertise du CHU. Il y a également la santé mentale, puisque le centre hospitalier du Rouvray est dans le GHT, et puis le Belvédère avec toute la partie gynéco-obstétrique et chirurgie obstétrique. Ce seront les trois dominantes du GHT de Rouen. » Philippe Duron précise d'ailleurs qu'il y aura « des coopérations entre les CHU de Rouen et Caen en fonction des spécialités, des dominantes plus concentrées et plus pointues suivant les établissements. Nous ne sommes pas dans la concurrence mais dans de la coproduction, de la coopération et tous les patients peuvent être assurés qu'ils auront la meilleure médecine et le meilleur traitement. »
Rester groupés pour mieux soigner
Le GHT Val de Seine et Plateaux de l'Eure couvre un secteur de quelque 200 000 habitants.
Né le 29 juin dernier pour une durée de dix ans, le Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) Val de Seine et Plateaux de l'Eure est composé du CHI d'Elbeuf-Louviers-Val-de-Reuil - baptisé « établissement support » -, de l'hôpital du Neubourg et de l'hôpital Pierre-Hurabielle à Bourg-Achard. Un regroupement qui a pour objectif de mieux articuler l'offre sanitaire et médico-sociale dans un secteur, situé à la lisière sud du territoire de santé Rouen-Elbeuf et où vivent quelque 200 000 personnes. Une zone qui présente des indicateurs socio-sanitaires préoccupants et qui souffre de désertification médicale et paramédicale.
Mutualisation des moyens
Le GHT devrait améliorer les parcours de soins des patients en approfondissant les coopérations qui existent déjà entre les trois établissements, sur la base d'un projet médical partagé « C'est naturel de nous associer à l'hôpital d'Elbeuf avec lequel nous avons un partenariat déjà ancien », assure Brigitte Maillard, directrice de l'hôpital de Bourg-Achard. Pour son collègue du Neubourg, Guillaume Lucagne, « cela [lui] donnera accès à des ressources techniques, médicales et administratives nouvelles. Les petits ont toujours besoin des gros. »
Second volet de ce GHT, la mutualisation des moyens (pharmacie, laboratoire, achats...) et, surtout, la mise en place au CHI d'un département d'information médicale de territoire. Celui-ci joue un rôle crucial dans le fonctionnement des établissement s hospitaliers dans le cadre du système de tarification à l'activité. Son rôle est de coder chaque acte réalisé et ce codage est ensuite utilisé par l'Agence régionale de santé pour définir le financement de chaque établissement.
Lors de la présentation du nouveau GHT, le sénateur Didier Marie a insisté sur « la pertinence de ce projet, qui est le fruit d'une histoire et d'une réflexion autre que celle menée par l'Agence régionale de santé et que nous avons défendu auprès du ministère. » Au départ, l'ARS avait en effet imaginé un grand GHT, s'étendant de Eu-Le Tréport à Louviers, avec le CHU de Rouen comme établissement support. On peine à discerner quelle cohérence territoriale pouvait bien présenter un pareil projet. La mobilisation des élus a porté ses fruits et a débouché sur la mise en place du GHT actuel.
En chiffres
- 1 627 lits et places
- 174,7 millions d'euros de budget
- 2 576 salariés
- Établissements associés : CHU de Rouen ; centres psychiatriques du Rouvray et de Navarre ; Ehpad de Pont-de-L'Arche, Lécallier-Leriche à Caudebec-lès-Elbeuf, de Brionne, d'Harcourt et de Pont-Authou.
Onze groupements
Caux maritime. Dieppe, Saint-Valery-en-Caux, Eu, Le Tréport, Envermeu, Luneray, Saint-Crespin.
Estuaire de la Seine. Le Havre, Pont-Audemer, Fécamp, Lillebonne, Saint-Romain-de-Colbosc, Beuzeuville.
Rouen Cœur de Seine. Rouen, Gournay-en-Bray, Neufchâtel-en-Bray, Barentin, Yvetot, Mont-Saint-Aignan, Sotteville-lès-Rouen, Darnétal.
Val de Seine et Plateaux de l'Eure. Elbeuf-Louviers-Val-de-Reuil, Bourg-Achard, Le Neubourg.
Eure. Evreux-Vernon, Bernay, Verneuil-sur-Avre, Les Andelys, Pacy-sur-Eure, L'Aigle (Orne), Breteuil-sur-Iton, Conches-en-Ouche, Rugles.
Normandie centre. Caen, Lisieux, Bayeux, Aunay-sur-Odon, Pont-l'Evêque, Falaise.
Orne-Perche-Saosnois. Alençon, Mortagne-au-Perche, Sées, Bellême.
Les collines de Normandie. Flers, Vire, La Ferté-Macé, Domfront.
Mont-Saint-Michel. Avranches-Granville, Mortain, Saint-Hilaire-du-Harcouët, Saint-James, Pontorson, Villedieu-les-Poêles.
Centre Manche. Saint-Lô, Carentan, Coutances.
Cotentin. Cherbourg, Valognes, Sainte-Mère-Eglise, Carquebut.
References
- ^ Groupements hospitalier de territoires (social-sante.gouv.fr)
- ^ onze ont été créés en Normandie (www.paris-normandie.fr)
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