Le Monde | • Mis à jour le | Par Blaise Gauquelin (Bratislava, envoyé spécial) et Cécile Ducourtieux[1] (Bratislava, envoyée spéciale)
Il faisait pourtant beau, ce vendredi 16 septembre à Bratislava, capitale de la Slovaquie[2], pour le premier sommet des dirigeants européens à 27, sans les Britanniques. Les photos étaient réussies, celles avec le château surplombant la vieille ville, celles de la croisière-déjeuner sur le Danube.
Lire aussi : A Bratislava, un sommet européen pour « reprendre le contrôle » [3]
Les chefs d'Etat et de gouvernement étaient loin de Bruxelles et de toutes les crises que la capitale de l'Europe[4] incarne désormais malgré elle. La « famille[5] » européenne, ébranlée par le Brexit, semblait de nouveau unie, prête à relancer[6] l'Union. La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Francois Hollande, avaient même mis en scène, lors d'une conférence de presse commune, émminement symbolique, un moteur franco-allemand en état de marche.
Lire aussi : Trois mois après le référendum sur le Brexit, les fractures de l'Union européenne [7]
« Rester dans la cour des grands »
Mais le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a cassé l'ambiance en fin de sommet, laissant sêchement tomber : « Je n'ai pas pu [y] participer[9], je ne peux pas me contenter[10] de suivre[11] un script pour laisser[12] penser aux gens que je suis d'accord. »[8]
Les 27 étaient pourtant tombés sur une déclaration commune, une « feuille de route », ce qui n'était pas gagné d'avance, à en croire[13] les diplomates.
« Nous nous sommes engagés à offrir[14] à nos citoyens, dans les mois qui viennent, la vision d'une UE attrayante, dans laquelle ils puissent avoir[15] confiance et qu'ils pourront soutenir[16]. »
« Bratislava est le début d'un processus », qui se poursuivra par un autre sommet informel à 27 à Malte[17], pour s'achever en Italie[18] en mars 2017, à l'occasion des célébrations du 60e anniversaire des traités fondateurs de l'Union. Paris[19] et Berlin « vont très intensément s'engager dans les prochains mois pour faire[20] de tout ça un succès », a promis la chancelière, aux côtés du président français.
M. Renzi aurait-il réagi par dépit, regrettant de n'avoir pas été convié à la conférence franco-allemande, lui qui serait si soucieux, selon plusieurs diplomates bruxellois, de rester[21] « dans la cour des grands » en s'affichant aux côtés de Mme Merkel et de M. Hollande ? Comme lors de la conférence de Ventotene (en Italie), fin août ?
A moins que l'Italien n'ai pas goûté que la « relance » de l'Europe se fasse à coups de gages donnés aux pays de l'Est ? « Je ne suis pas satisfait des conclusions du sommet sur cette question [des relocalisations de réfugiés], mais aussi concernant la croissance », a déclaré M. Renzi, en quittant Bratislava. « Sa sortie n'a pas de rapport avec la feuille de route, pendant la réunion[22], il était très clair qu'il la soutenait », relativise un diplomate bruxellois.
Priorité donnée à la défense[23] et à la sécurité
Il faut dire[24] que les sujets sur lequels ont insisté les dirigeants correspondaient plus aux priorités du groupe de Visegrad (Pologne[25], République Tchèque[26], Slovaquie et Hongrie[27]) qu'à celles exprimées lors du sommet des « pays de la Mediterranée » organisé début septembre. Quasiment pas un mot n'a été prononcé sur l'économie et la relance budgétaire réclamées par Rome et Athènes, un sujet très sensible en Italie, alors que le président du conseil met son poste en jeu dans les mois qui viennent, lors d'un référendum sur une réforme constitutionnelle.
La priorité fut en effet donnée à la défense et à la sécurité, seuls sujets sur lesquels un semblant d'unité européenne existe déjà, avec non pas une « armée[28] européenne », encore un vrai tabou pour nombre de capitales, mais les propositions franco-allemandes de défense plus intégrée et la création d'un fonds pour l'industrie[29] europ éenne.
Une solidarité « flexible »
Par ailleurs, dans les conclusions de Bratislava, le sujet de la solidarité en terme de réallocation des réfugiés partout en Europe pour soulager[30] l'Italie et la Grèce[31] n'apparait même plus. Les pays de l'Est avaient très mal digéré « l'imposition » de quotas de r éfugiés par la Commission, en 2015, et depuis, le premier ministre hongrois multipliait les marques de défiance à l'égard de Bruxelles.
Lire aussi : L'Europe saisie par la peur de l'implosion [32]
La Commission, qui s'était mis à dos une bonne partie de l'Europe centrale en imposant sa proposition de relocalisation de 160 000 réfugiés, en septembre 2015, au sein des 28, a changé sa réthorique. Son président, Jean-Claude Juncker, n'en parlait plus dans son discours de l'Union, mercredi 14 septembre, préférant évoquer[33] une « solidarité qu'on ne peut pas imposer[34] ». Presque ce que le groupe de Visegrad énonce dans sa position commune, publiée en plein sommet, vendredi. Ses quatre membres y parlent de « solidarité flexible ».
« Les relocations restent nécessaires pour soulager l'Italie et la Grèce [où sont coincés plus de 50 000 migrants]. Mais il est vrai que la solidarité doit etre encouragée et accompagnée plutôt qu'imposée » confie un diplomate européen. Globalement, ce réalisme ressemble quand même à une victoire pour les pays du groupe de Visegrad, même s'il « n'est pas dans leur intérêt d'affaiblir l'union uniquement à cause des migrations », selon le politologue slovaque Grigorij Meseznikov.
Mettre de côté son agenda national
A Bratislava, quelque chose semblait pourtant s'être passé. Comme si presque tout le monde[35] y avait mis un peu du sien, tentant de mettre[36] de côté son agenda national. Le Visegrad a ainsi évité les déclarations trop provocantes. Viktor Orban n'a plus fait mention de sa « c ontre-révolution » européenne, n'a pas traité à nouveau M. Juncker de « nihiliste »...
Lire aussi : La Hongrie d'Orban persona non grata en Europe ? [37]
Un « esprit de Bratislava » comme l'a prétendu Mme Merkel ? Basé sur le sens du travail[38] en commun et du compromis ? « J'ai eu l'impression que les uns étaient plus à l'écoute des intérêts des autres, qu'il y avait cette compréhension qu'il n'est pas possible d'imposer une décision à un dirigeant incapable de la défendre[39] ensuite devant son Parlement », a ainsi déclaré à la presse le premier ministre belge Charles Michel... Mais c'était juste avant la sortie de son collègue M. Renzi, qui prouve à quel point ce « processus » de Bratislava est fragile.
Lire aussi l'entretien avec Martin Schulz, président du Parlement européen : « Les dirigeants ne sont pas assez engagés en faveur d'une Europe unie et forte » [40]
References
- ^ Cécile Ducourtieux (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Slovaquie (www.lemonde.fr)
- ^ A Bratislava, un sommet europ éen pour « reprendre le contrôle » (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Europe (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité famille (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe relancer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Trois mois après le référendum sur le Brexit, les fractures de l'Union européenne (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe tomber (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe participer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe contenter (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe su ivre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe laisser (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe croire (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe offrir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe avoir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe soutenir (conjugaison.lemond e.fr)
- ^ Toute l'actualité Malte (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Italie (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Paris (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe faire (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe rester (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité la réunion (www .lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité défense (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe dire (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Pologne (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité République Tchèque (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Hongrie (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité armée (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité industrie (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe soulager (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Grèce (www.lemonde.fr) < li>^ L'Europe saisie par la peur de l'implosion (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe évoquer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe imposer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité le monde (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe mettre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ La Hongrie d'Orban persona non grata en Europe ? (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité travail (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe défendre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ « Les dirigeants ne sont pas assez engagés en faveur d'une Europe unie et forte » (www.lemonde.fr)
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