Les photographes de Magnum Photos ont sélectionné chacun un cliché résonnant avec le thème « Les conditions du cœur » pour une vente réalisée en partenariat avec « Le Monde ».
Parmi les tirages vendus figurent entre autres des photographies signées Robert Capa, Elliott Erwitt ou Alec Soth.
Les conditions du cœur, cette faculté à percevoir ce que ressent l'autre, est au centre du travail des photographes. Déjà en 1948, David Seymour, dit « Chim », photographie les enfants victimes de la seconde guerre mondiale pour l'Unicef. Il explique : « Nous essayons simplement de raconter[4] une histoire[5]. Il faut que nous la racontions maintenant, que nous montrions le visage de la faim, de la terre brûlée, tout ce qui fait en sorte que nous parvenions à toucher[6] ceux qui vivent dans le confort. »[1][2][3]
Six photographes expliquent ici leur choix.
Ben Scheiderman (neveu de David Seymour) :
« La capacité de Chim à établir[7] un lien avec les gens, et à les humaniser[8], s'est aussi exprimée auprès de vedettes d'Hollywood comme Sophia Loren, Kirk Douglas, Gin a Lollobrigida, Ingrid Bergman et Audrey Hepburn. Ce moment de tranquillité montre Audrey Hepburn en pleine concentration dans une salle de danse. Chim a capturé son intensité, sa confiance et sa grâce. »
Jim Goldberg :
« J'ai pris cette photographie au camp de réfugiés de Mugunga, en République démocratique du Congo, en 2008. Mugunga comptait alors près de 90 000 réfugiés. Au moment de ma visite, le haut-commissaire engageait les premières étapes du mouvement de toute la population[9] du camp 2 kilomètres plus loin, pour s'éloigner des forces rebelles qui approchaient à grands pas. Je suis monté en haut d'une colline au nord du camp pour avoir[10] une vue sur les milliers d'abris de fortune. En haut de la colline, seul, était assis Wembe ; il écoutait sa radio. Wembe avait cette radio depuis qu'il avait échappé à une attaque rebelle dans son village, un an plus tôt. C'était la seule chose qu'il avait pu garder[11]. Wembe m'a dit qu'il montait en haut de la colline tous les jours en espérant entendre[12] de bonnes nouvelles. »
Micha Bar Am :
« Après que des terroristes ont détourné un vol Paris[13]/Tel-Aviv et qu'ils l'ont forcé à atterrir[14] à Entebbe, en Ouganda[15], à quelques 3 800 kilomètres de sa destination originale, les commandos israéliens libéraient les 268 otages dans une opération brillamment planifiée et exécutée. Le nom de code initial de la mission était « opération Thunderbolt » mais suite à la mort du responsable de l'équipe d'intervention, le colonel Yonatan Netanyahou (la seule victime des forces israéliennes pendant le raid), la mission devint connue sous le nom d'« opération Yonatan ». Sur cette image, les passagers sont accueillis par leurs familles à l'aéroport Ben Gourion. »
Ian Berry :
« Un jour, un magazine m'a mis en commande pour photographier[16] Jane Birkin et Serge Gainsbourg. Sachant que les acteurs et chanteurs peuvent être[17] difficiles, j'anticip ais beaucoup de problèmes. Finalement, il n'en fut rien. Ils étaient chaleureux, amicaux, et tout simplement géniaux. J'ai passé toute la journée avec eux, ils étaient très détendus, et épanouis ensemble. Ils n'ont à aucun moment essayé de diriger[18] ou d'influencer ce que je photographiais, ce qui m'a rendu la vie très facile. »
Paul Fusco :
« J'ai pris cette photo[19] depuis le train qui transportait la dépouille de Robert F. Kenedy entre New York et Washington. Deux millions de personnes étaient venues aux abords des rails pour voir[20]passer[21] le convoi. Tous les Américains étaient représentés dans la foule ; le combat de Bobby Kennedy pour la réconciliation raciale avait fait de lui, aux yeux de nombre de citoyens, « l'homme blanc le plus digne de la confiance de l'Amérique Noire ». Les gens sur cette photographie avaient une relation particulière avec Kennedy, qui les a poussés à faire[22] une pancarte et à rester[23] debout sous la chaleur pour dire[24] adieu à l'homme qui leur avait autrefois donné espoir. »
Peter van Agtmael :
« J'ai rencontré Raymond Hubbard à l'automne 2007 à Washington. À l'époque, il se rétablissait à l'hôpital militaire Walter Reed, après avoir perdu sa jambe gauche en Irak l'été précédent. J'ai beaucoup couvert l'Irak[25] et l'Afghanistan[26] pendant deux ans et j'avais besoin d'une pause. J'ai � �té attiré par le charisme et l'intelligence de Raymond, et nous avons commencé à passer du temps ensemble. Au départ, je n'osais pas le photographier. Au bout d'un moment, il a poussé un soupir, levé les yeux au ciel devant ma timidité évidente, et m'a invité à photographier ce que je voulais, comme je le voulais. Quelques mois après notre rencontre, il sortait de l'hôpital et retournait dans sa ville natale, Darien, dans le Wisconsin. Je l'ai rejoint là-bas quelques semaines plus tard. On a fait la fête, fumé trop de cigarettes et eu des discussions[27] intimes. Un jour, il a demandé à ce que je prenne un portrait de famille[28]. Il adorait Star Wars[29] et voulait poser[30] avec ses enfants et des sabres laser. Nous sommes allés dans un champ de maïs voisin au crépuscule et avons pris quelques photos. J'aurais voulu en prendre[31] davantage. Parfois, je marque le temps à travers cette photo. »
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