Peter Ustinov interprète Hercule Poirot dans le film "Mort sur le Nil" (1978). - ONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

C'est l'une des affaires criminelles les plus énigmatiques de ces dernières années. Xavier Dupont de Ligonnès, suspect numéro 1 du meurtre de sa famille, aurait été aperçu cette semaine dans l'Allier[1], d'après France 3 Auvergne. Il y a cinq ans, ce fait divers avait lancé le phénomène controversé des enquêteurs amateurs en France. 

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Le 21 avril 2011, les corps d'Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants sont découverts dans leur maison, à Nantes (Loire-Atlantique). Seul le père manque à l'appel. Christophe suit attentivement l'affaire. Au bout de trois jours, il décide de passer à l'action. « J'ai eu le déclic lorsque j'ai vu l'interview d'un de ses ex-collègues. Il travaillait sur Internet. Je me suis dit que je pouvais peut-être trouver des infos », explique Christophe.

Retracer la vie numérique

Un intérêt qui va le pousser à retracer la vie numérique du père de famille et de sa femme. Il « déterre » des posts de celle-ci sur des forums. Une page Facebook est créée : Xavier Dupont de Ligonnès, Enquête et débat[3]. « Le but était de sortir les choses et de profiter de la multiplication des cerveaux », poursuit Christophe.

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Si le phénomène français des enquêteurs amateurs sur Internet est né avec le cas Dupont de Ligonnès, il existe depuis longtemps aux Etats-Unis, où les Web sleuths sont bien connus. Facebook, Twitter, Reddit[5], 4Chan[6] et bien sûr Websleuth.com[7]… Tous les réseaux sociaux ou presque possèdent leurs groupes d'enquête et/ou de débats.

Des communautés très diverses

Ces pages ou groupes ne sont pas tous publics. Certains enquêteurs amateurs recherchent davantage la discrétion, comme les #Avgeeks (aviation geeks)[8]. Lorsqu'un incident aérien survient, cette communauté de passionnés cherche à comprendre ce qui a pu se passer. « Nous ne rendons rien public, tout reste confidentiel », note Marina Tymen, qui en a créé le groupe Facebook secret il y a trois ans. 

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La diffusion de certaines infos collectées a parfois des conséquences regrettables. D'après le commissaire Stéphane Blin, chef de la sûreté départementale de Seine-et-Marne, « cela part toujours d'un bon sentiment, mais il peut y avoir interférence avec l'enquête officielle. Quand on prend connaissance d'un élément, il faut en informer les forces de l'ordre. Nous avons besoin des gens pour résoudre des enquêtes. »

Transparence vs secret de l'instruction

Christophe, lui, a fait le choix de tout rendre public. « Je voulais que l'histoire soit racontée de la façon la plus exacte possible. » Il admet pourtant avoir douté. « Lorsque j'ai découvert le message d'Agnès sur le fait que son mari avait parlé de "tous mourir demain"[10], ça m'a fait un choc. Je me suis posé la question d'en parler à la police. Je ne l'ai finalement pas fait car je pensais qu'elle était déjà au courant. »

Il apprendra plus tard que ce n'était pas le cas. Les policiers n'avaient pas encore eu accès non plus à la boîte mail de Dupont de Ligonnès, que Christophe était parvenu à consulter. « Cela peut poser problème, justifie le commissaire Stéphane Blin. On a parfois affaire à des personnes qui ont une connaissance très pointue des outils informatiques, avec toute la manipulation qui peut en découler. »

« Mettre de l'huile sur le feu »

Le double attentat de Boston[11], aux Etats-Unis, a été l'exemple flagrant de l'effet négatif que peuvent avoir certaines enquêtes d'amateurs. Le 15 avril 2013, des explosions retentissent pendant le marathon. Des internautes cherchent à identifier les poseurs de bombe sur les images de l'attentat. Une chasse à l'homme virtuelle s'engage. Un nom circule sur Twitter, avec une photo : Sunil Tripathi. Il s'avère rapidement que cette personne n'a aucun lien avec les terroristes. Un message d'excuses est mis en ligne, mais sa famille a craint pour sa propre sécurité jusqu'à l'identification des deux frères Tsarnaev[12].

Un cas d'école pour Stéphane Blin : « Les gens peuvent parfois prendre des informations pour argent comptant. Cela met de l'huile sur le feu. »

Pas de risque zéro

Les découvertes d'enquêteurs amateurs s'avèrent aussi utiles. Faire le lien entre des personnes disparues et des corps retrouvés[13], déchiffrer un message codé laissé par une victime… Les internautes révèlent parfois des talents insoupçonnés.

Malgré tout, les risques existent, Christophe ne dira pas le contraire. Condamné à 1.000 euros avec sursis en janvier dernier pour « recel de violation du secret de l'instruction », il affirme ne plus mener d'enquête aujourd'hui. « J'ai été un peu refroidi par le procès. Cette histoire a eu des conséquences judiciaires et personnelles sur ma vie. »

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