Accusés d'avoir séquestré deux cadres de l'usine de pneus en janvier 2014, huit salariés espèrent leur relaxe en appel.
Le Monde | • Mis à jour le | Par Francine Aizicovici[1]
Ils avaient séquestré pendant 30 heures deux cadres de l'entreprise : le procès[2] en appel de huit ex-salariés de l'usine Goodyear s'est ouvert mercredi 19 octobre à Amiens[3] où des milliers de personnes sont venues les soutenir[4].
Ils demandent leur relaxe devant la cour d'appel d'Amiens, après avoir[5] été condamnés, le 12 janvier 2016 par le tribunal correctionnel, à deux ans de prison dont neuf mois ferme pour avoir séquestré deux cadres de l'entreprise durant trente heures. Deux d'entre eux ont par ailleurs été condamnés pour violence en réunion. Ils encourent tous cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. Ce procès intervient trois semaines après celui des quinze salariés d'Air France[6] jugés pour l'épisode de la « chemise arrachée » d'un cadre de la compagnie. Les faits ont eu lieu les 6 et 7 janvier 2014, après sept années de lutte sociale et juridique contre la fermeture de l'usine qui, finalement, est intervenue dans le cadre d'un protocole de fin de conflit signé le 21 janvier 2014. Celui-ci prévoit notamment le retrait des poursuites judiciaires. La firme américaine a donc retiré sa plainte, et les deux cadres séquestrés – « retenus », selon la CGT[7] Goodyear –, Bernard Glesser, directeur des ressources humaines, et Michel Dheilly, directeur de production, ont fait de même.
L'audience a débuté à 9 h 15 dans une salle quasiment pleine de la cour d'appel d'Amiens. A l'extérieur, 4 000 personnes selon la CGT[8], quelque 2 000 selon la préfecture, étaient rassemblées en soutien aux huit ex-salariés, condamnant la « crimininalisation de l'action syndicale ». Parmi les personnalités[9] attendues dans la matinée : le leade r de la CGT Philippe Martinez et Jean-Luc Mélenchon[10] (Parti de gauche). « Relaxez nos camarades », ont scandé les manifestants devant le Palais de justice[11], où ils se sont arrêtés un instant. « Aujourd'hui, nous avons la volonté d'obtenir la seule décision juste: il faut qu'ils soient relaxés », a renchéri l� �avocat des salariés, Fiodor Rilov, avant l'audience.
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Lire aussi : Goodyear : les condamnations relèvent d'une « décision politique » [12]
L'effet d'une bombe
Dans son réquisitoire, lors de l'audience le 24 novembre 2015 au tribunal correctionnel, le parquet avait souligné « ne pas tolérer[13], dans un Etat de droit, même dans un tel contexte[14] social[15] difficile » que les salariés « se rendent justice eux-mêmes ».
Lire aussi : Goodyear : « Le tribunal a voulu souligner que la violence n'a plus sa place au travail » [16]
La dureté de la décision du tribunal avait fait l'effet d'une bombe dans le monde[17] syndical et politique[18] à gauche. L'année 2016 a été émaillée de plusieurs manifestations en France pour soutenir les ex-Goodyear et contre « la répression syndicale ».
« C'est la première fois que des peines de prison ferme sont prononcées contre des syndicalistes », a souligné Fiodor Rilov, l'avocat des ex-salariés et de la CGT.
« Le message envoyé est que militer peut vous coûter une partie de votre vie, constate M. Wamen. C'est une décision politique. »
Le premier ministre, Manuel Valls, avait lui-même jugé cette sanction « indéniablement lourde » tout en estimant qu'il ne fallait pas « basculer dans la violence ». Elle avait suscité un malaise jusqu'au sein du gouvernement : Pascale Boistard, secrétaire d'Etat aux droits des femmes et députée de la Somme jusqu'en 2014, avait exprimé, sur Twitter, son « émotion fraternelle » devant « une si lourde condamnation ».[19][20]
« Le parquet n'a aucune preuve tangible »
A la barre, tous les prévenus avaient évoqué « un coup de colère » face à une direction qui « n'apportait aucune réponse » à la « détresse sociale » alors que se profilait la fermeture du site et la peur du chômage. Mais selon M. Rilov, « aucun des huit condamnés n'a participé à la séquestration, au sens du code pénal. Le parquet n'a aucune preuve tangible. »
Dans ses conclusions, il avait retracé le déroulé de la journée du 6 janvier 2014 : deux délégués syndicaux dont M. Wamen, devaient retrouver[21] M. Dheilly dans son bureau à 10 heures pour connaître[22] la réponse du groupe à leur demande de rouvrir[23] les négociations sur les conditions de départ dans le cadre de la fermeture de l'usine.
Lire aussi : Deux ans de prison requis contre huit anciens salariés de Goodyear Amiens-Nord [24]
Mais ils apprennent par une secrétaire que M. Dhailly et M. Glesser sont descendus dans une salle de réunion pour annoncer[25] la réponse – négative – du groupe. Or, cette salle était occupée par 200 salariés « manifestement hostiles », « en colère », souligne l'avocat. Et quand la réponse a été donnée, elle a « déclenché chez les salariés présents une réaction quasi inévitable que les dirigeants ne pouvaient pas ne pas avoir anticipé ».
« Montage grossier »
Selon lui, si les délégués CGT avaient alors quitté la salle, il est certain qu'une « catastrophe se serait produite ». Et s'ils s'étaient opposés à l'action en cours, « ils auraient été débordés et auraient perdu toute crédibilité » aux yeux des salariés. C'est donc en restant sur place qu'ils ont pu progressivement faire[26] « retomber la tension et obtenir[27] que les deux dirigeants soient relâchés », sans violence.
« Toute cette histoire[28] est un montage grossier de personnes qui ont voulu nous faire la peau », assène M. Wamen.
Le jugement du 12 janvier 2016 souligne que les deux cadres ont décrit « une situation particulièrement anxiogène, exprimant avoir été privés de leur liberté d'aller et venir[29], avoir en outre ressenti une volonté de leur faire subir< small>[30] une pression afin de les atteindre[31] psychologiquement ». Et avance que chaque condamné aurait joué un rôle dans la séquestration.
Lire aussi : Titan et Goodyear préfèrent la Russie à la France [32]
« Nous allons faire éclater[33] la vérité sur les événements du 6 janvier 2014 », lance M. Rilov, qui promet « d'en révéler[34] des aspects surpr enants » lors de l'audience.
References
- ^ Francine Aizicovici (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité procès (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Amiens (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe soutenir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe avoir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité France (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité CGT (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité CGT (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité personnalités (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Jean-Luc Mélenchon (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité justice (www.lemonde.fr)
- ^ Goodyear : les condamnations relèvent d'une « décision politique » (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe tolérer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité contexte (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l 'actualité social (www.lemonde.fr)
- ^ Goodyear : « Le tribunal a voulu souligner que la violence n'a plus sa place au travail » (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité le monde (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité politique (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Manuel Valls (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Twitter (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe retrouver (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe connaître (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe rouvrir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Deux ans de prison requis contre huit anciens salariés de Goodyear Amiens-Nord (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe annoncer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe faire (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe obtenir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité histoire (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe venir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe subir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe atteindre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Titan et Goodyear préfèrent la Russie à la France (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe éclater (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe révéler (conjugaison.lemonde.fr)
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