Sabtu, 01 Oktober 2016

«Obsédé», «inhumain», l'insaisissable personnalité du tueur de Nice - Libération

Près de trois mois après la tuerie qu'il a perpétrée à Nice, causant la mort de 86 personnes sur la Promenade des Anglais, Mohamed Lahouaiej Bouhlel demeure un profond mystère. La vie dissolue de ce père de trois enfants, né à M'saken (Tunisie) il y a 31 ans, semblait souvent à mille lieues des préceptes édictés par l'Etat islamique (EI). Certes, les spécialistes répondront qu'il n'y a pas de «profil type». Et que des similitudes avec d'autres terroristes, tels le violent Amedy Coulibaly ou l'étrange Salah Abdeslam, existent.

Mais la lecture des premiers éléments de l'enquête de personnalité auxquels Libération a eu accès a de quoi laisser pantois. Chez Mohamed Lahouaiej Bouhlel, rien, hormis quelques vidéos exhumées dans son ordinateur, ne paraît pour l'heure étayer une conscience aboutie de la doxe jihadiste. En revanche, la drague, le culte de soi et la fascination pour la violence sont omniprésents.

«Obsession pour le sexe et la pornographie»

Le Tunisien, ne pratiquant pas la religion musulmane, mangeant du porc, fumant et buvant à l'occasion, apparaît surtout très soucieux de son apparence. L'exploitation d'un des téléphones portables de cet adepte de sports de combat témoigne en outre de son «obsession pour le sexe et la pornographie», notent les enquêteurs. Pour étayer ce portrait, ces derniers peuvent s'appuyer sur les nombreux témoignages de personnes l'ayant fréquenté depuis son arrivée dans le sud de la France en décembre 2007, après son mariage avec H., sa cousine niçoise.

A lire aussi : Sur les traces du tueur de Nice[1]

V., inscrite dans la même salle de sport il y a trois ans, le décrit un «dragueur» et un «obsédé sexuel». «Le prof de salsa connaissait Mohamed, il l'avait déjà mis plusieurs fois dehors du cours parce qu'il draguait avec beaucoup d'insistance toutes les filles», raconte-t-elle. Avec lui, «tout tournait autour du sexe». La danseuse précise que Bouhlel s'était créé plusieurs comptes Facebook avec lesquels il «harcelait les filles». L'un d'entre eux porte un nom éloquent : «Salsa Caliente». A., son beau-frère, confirme cette obsession pour le sexe, pointant chez lui un «besoin de séduire et de coucher avec des femmes». «Il avait le démon en lui, confie-t-il aux enquêteurs. Il m'a même montré la poupée gonflable qu'il avait chez lui.»

Un autre homme a bien connu Bouhlel. Il s'agit de R., âgé de 74 ans. Tout à la fois confident et financeur de Bouhlel, il avoue qu'il «aimait beaucoup» celui qu'il appelle «Momo». R. aurait même «bien aimé» avoir des relations sexuelles avec lui («Il était tellement beau»), mais celui-ci «aimait trop les femmes». Le témoignage du septuagénaire éclaire une autre facette de la personnalité de Bouhlel. Celle d'un mari «violent», capable de brutaliser son épouse «pour avoir des rapports sexuels directs et brutaux, sans sentiments». «Quand il bousculait sa femme, elle m'appelait et j'étais comme le papa, dit R. J'allais chez lui et je le grondais.»

A lire aussi : Dans le quartier du tueur de Nice : «Il me faisait peur»[2]

Une proche de son épouse affirme que Bouhlel «a fait des choses inhumaines comme faire caca sur le lit de ses enfants, jeter du vin sur la figure de sa femme. Il prenait la poupée de sa fille et devant la petite attrapait un couteau et la plantait dans la poupée pour faire mine de la tuer». Le couple, qui a eu trois enfants, finit par entamer une procédure de divorce en 2014.

«Aucun problème de discipline»

C'est au cours de la même année que Bouhlel rejoint une entreprise de transports de la région niçoise, en tant que chauffeur livreur. Entendu par les enquêteurs, le patron de la boîte ne se souvient d'«aucun problème de discipline» le concernant. L'homme avait toutefois été condamné en mars 2016 à six mois de prison avec sursis pour avoir frappé un automobiliste avec une palette de bois.

Quelques jours après l'attentat, François Molins, procureur de Paris, évoquait un intérêt «récent» de Mohamed Lahouaiej Bouhlel pour la mouvance islamiste radicale, avançant ainsi la thèse d'une «radicalisation éclair». Les premières investigations du dossier n'ont pas permis d'y voir plus clair dans le changement d'attitude de celui que son entourage surnommait «Salmene», son deuxième prénom. Son ami proche, R., rapporte ainsi : «Il aimait la France, il aimait les Français et détestait les Arabes». Après l'attentat de Charlie, Bouhlel lui aurait même envoyé un texto où il écrivait «Je suis Charlie».

Pas de trace d'allégeance à l'EI

Même parmi ceux qui seront mis en garde à vue dans les heures suivant le massacre, personne n'est vraiment capable d'expliquer la métamorphose. Hamdi Zagar, dont le frère a épousé la sœur de Bouhlel, se souvient simplement que depuis la fin du mois de juin, le terroriste écoutait des récitations du Coran dans sa voiture. «Lorsque nous étions chez moi pour faire du bricolage, j'ai mis de la musique et des clips à la télévision. Mohamed m'a dit de ne pas mettre de la musique, que c'était un péché d'écouter la musique», raconte-t-il aux enquêteurs. Mohamed Lahouaiej Bouhlel se serait également mis à critiquer sa tenue vestimentaire, soutenant que son «bermuda devait arriver en dessous du genou».

A ce stade, les investigations n'ont pas montré de trace d'allégeance à l'EI, aucune lettre n'a été retrouvée sur lui ou à son domicile. L'exploration de son ordinateur a seulement révélé une fascination pour les scènes de violence extrême. Les enquêteurs y ont ainsi ramassé pêle-mêle des photos d'Oussama Ben Laden, du jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar ou encore des auteurs de l'attentat du musée du Bardo survenu en mars 2015 en Tunisie. Sans compter des images de décapitation ou de viscères.

L'historique de sa navigation Internet est quant à lui un curieux agrégat de sites pornographiques et d'une documentation sur un projet d'attentat qui semble déjà bien élaboré quelques jours avant le passage à l'acte. Dès le 2 juillet, Mohamed Lahouaiej Bouhlel utilise des mots-clés comme «horrible accident mortel» ou «terrible accident mortel».

Si sa radicalisation religieuse reste mystérieuse, sa détermination à commettre un massacre est évidente. Les enquêteurs ont retrouvé de nombreuses photos des festivités du 14 juillet prises par le terroriste en 2015. Ces images semblent les prémices d'une préparation minutieuse. Dix jours avant l'attentat, le terroriste aurait souhaité conduire un camion d'un tonnage conséquent pour faire davantage de victimes.

Il multiplie les repérages, se gare sur le trottoir

C'est ainsi, que lors d'un premier échange téléphonique avec un loueur de Colomars, commune limitrophe de Nice, il explique qu'il souhaite louer un camion de 12 tonnes. Problème, il n'y en a plus. Il demande alors si un 19 tonnes est disponible mais le loueur n'en possède pas. La conversation s'arrête là. Le 11 juillet, il parvient à louer un 19 tonnes à Saint-Laurent du Var, une autre ville proche de Nice.

Une fois au volant du camion, Mohamed Lahouaiej Bouhlel s'attelle aux repérages. Il multiplie les allers-retours sur la Promenade des Anglais. Et va même jusqu'à se garer sur le trottoir pour ce qui ressemble à une mesure de l'espace entre deux poteaux d'une des pergolas fixée sur le bitume. Depuis la cabine, il prend une photo de la structure. Sur l'une des 1200 caméras de la ville, le camion est visible, planté là, en plein milieu de l'immense trottoir.

A lire aussi : Les peu discrètes allées et venues d'un 19-tonnes blanc[3]

Lors de ses repérages, Mohamed Lahouaiej Boulhel comme à son habitude, enchaîne les photos. Parfois accompagné par un ami, parfois seul. Dans l'après-midi du 14 juillet, le terroriste se photographie avec des jeunes déguisés en résistants de la seconde guerre mondiale. Puis un dernier cliché sous une pergola de la Promenade des Anglais avec des passants en arrière-plan. Quelques heures plus tard, Mohamed Lahouiaej Bouhlel sera filmé par les caméras de vidéosurveillance de la ville en train de s'engager sur la Promenade des Anglais. Il est 22h30, son funeste périple commence.

Sylvain Mouillard [4] , Willy Le Devin [5] , Ismaël Halissat [6] , Julie Brafman [7]

References

  1. ^ Sur les traces du tueur de Nice (www.liberation.fr)
  2. ^ Dans le quartier du tueur de Nice : «Il me faisait peur» (www.liberation.fr)
  3. ^ Les peu discrètes allées et venues d'un 19-tonnes blanc (www.liberation.fr)
  4. ^ Sylvain Mouillard (www.liberation.fr)
  5. ^ Willy Le Devin (www.liberation.fr)
  6. ^ Ismaël Halissat (www.liberation.fr)
  7. ^ Julie Brafman (www.liberation.fr)

Tidak ada komentar:

Posting Komentar