Le Monde | • Mis à jour le | Par Eric Albert[1] (Londres, correspondance)
En apparence, les « brexiters » peuvent se frotter[2] les mains. Cent jours après le vote pour sortir[3] de l'Union européenne[4], le cataclysme économique n'a pas eu lieu. Les premières statistiques sont rassurantes : si un léger ralentissement de l'économie du Royaume-Uni[5] est perceptible, il est très modéré.
Vendredi 30 septembre, l'indice du secteur des services est venu confirmer[6] cette impression : il est en hausse de 0,4 % en juillet par rapport à juin. C'est un peu moins que le rythme du deuxième trimestre (0,6 %), mais cela reste soutenu. Cet indicateur était très attendu : le secteur des services représente les quatre cinquièmes de l'économie britannique, et il s'agissait de sa première publication pour la période d'après le référendum du 23 juin.
« Une récession sera presque certainement évitée cette année », estime Scott Corfe, le directeur du Centre[7] for Economics and Business Research.
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Ces statistiques viennent s'ajouter à une série d'autres indicateurs encourageants. La consommation[9] des ménages a continué comme si rien ne s'était passé, le chômage n'a pas progressé, le secteur de la construction reste solide… La période d'avant le référendum, elle, n'a pas connu de ralentissement, contrairement à ce que craignaient de nombreux économistes. Les statistiques publiées vendredi indiquent une croissance de 0,7 % au deuxième trimestre, et de 2,1 % sur douze mois (juillet 2015-juin 2016).
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Darren Morgan, de l'Office national des statistiques, toujours très prudent, peut désormais affirmer[11] sans crainte :
« Ces données viennent soutenir[12] le point de vue qu'il n'y a pas de signe de choc immédiat sur l'économie. »
Comment expliquer[13] cette bonne tenue économique ? Une nouvelle erreur collective des économistes, qui avaient tous averti d'un ralentissement en cas de vote pour le Brexit ? Ou le calme avant la tempête ?
Chute de 10 % de la livre sterling
« Le Brexit n'a pas encore eu lieu et son effet n'est que retardé », estime Iain Begg, professeur à la London School of Economics. Techniquement, il ne s'est en effet rien passé. Le Royaume-Uni reste membre de l'UE et aucune barrière douanière n'a été érigée.
La première ministre, Theresa May, n'a même pas encore fait appel à l'article 50 du traité de Lisbonne, qui lancera officiellement le processus de retrait de l'UE, en ouvrant une période de négociations de deux ans.
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L'échéance est repoussée à 2017, probablement entre le premier et le troisième trimestre.
« L'incidence économique va prendre[15] plus de temps à se faire[16] sentir[17], parce que le Brexit sera un processus plus lent que prévu », estimait, mardi 27 septembre, Minouche Shafik, vice-gouverneure de la Banque d'Angleterre.
Tous les grands instituts économiques parient sur un sérieux ralentissement de la croissance en 2017. Le consensus tourne autour de 1 %, moitié moins que le rythme d'avant le référendum.
Mme Shafik se montre très inquiète :
« Il n'y a pas de doute que l'économie traverse un choc économique. Nous prévoyons environ 0,3 % de croissance au troisième trimestre, deux fois moins [qu'avant le référendum]. »
Lire aussi : Au Royaume-Uni, le Brexit peine à prendre forme [18]
Selon elle, deux mécanismes de diffusion du Brexit sont en cours. Le premier vient de la chute de 10 % de la livre sterling. Mécaniquement, dans ce pays qui importe plus qu'il n'exporte, cela va renchérir[19] les prix, en grignotant le pouvoir[20] d'achat des ménages. Pour l'instant, l'inflation n'est que de 0,6 %, mais elle devrait monter[21] aux alentours de 2 % au cours du premier semestre 2017, selon la Banque d'Angleterre.
« Un point de vue très naïf »
Le second mécanisme de contamination est encore plus lent. Face à l'incertitude, les entreprises[22] pourraient geler[23] ou repousser[24] leurs investissements. Nissan, qui possède à Sunderland (nord-est de l'Angleterre) la plus grosse usine automobile[25] du pays, en fabriquant un demi-million de véhicules par an, vient d'avertir : elle gèle ses investissements jusqu'à ce que l'issue du Brexit soit claire.
« Le Brexit n'a pas encore eu lieu et son effet n'est que retardé »
« Nous l'avons dit au gouvernement [britannique] : si vous voulez savoir[26] si nous investirons ou non, il faut que vous[27] nous disiez quelles seront les conditions des relations entre le Royaume-Uni et l'Europe[28] », explique Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan, dans un entretien accordé à Bloomberg.
Jaguar Land Rover s'inquiète également. « Nous devons tout repenser[29] et voir[30] comment faire face le mieux possible au Brexit », affirme, à Reuters, Ralf Speth, son directeur général. Est-ce que c ela inclut aussi ses investissements ? « Tout. »
Selon Reuters, le groupe britannique, qui appartient à l'indien Tata, a calculé que si le Royaume-Uni revenait aux règles de l'Organisation mondiale du commerce, avec des droits de douane de 10 % sur ses exportations européennes, ses bénéfices annuels seraient amputés d'1 milliard de livres[31] (1,15 milliard d'euros).
Le gouvernement japonais a également tiré la sonnette d'alarme. Dans un mémo envoyé à Downing Street, il prévient : « Les entreprises japonaises dont le siège européen est au Royaume-Uni pourraient décider[32] de le transférer[33] en Europe continentale. »
Grand flou
Pour l'instant, face au grand flou des négociations sur le Brexit, les multinationales étrangères préfèrent attendre[34]. Si Londres réussit à obtenir[35] le maintien du Royaume-Uni au sein du marché uni que, les menaces ne seront pas mises à exécution. Sinon, le phénomène semble inévitable, même si son ampleur est encore difficile à mesurer[36].
La relative bonne santé de l'économie britannique doit beaucoup au soutien apporté par les autorités
Du côté des entreprises britanniques, dans cette période d'attente, souvent comparée à une « drôle de guerre » entre Londres et Bruxelles, de nombreux chefs d'entreprise semblent, pour l'instant, relativement détendus.
Lire aussi : L'économie britannique résiste au Brexit [37]
Possible plan de relance budgétaire
« J'ai passé beaucoup de temps, ces dernières semaines, avec des groupes patronaux, et l'ambiance qui domine, c'est : "le gouvernement et Bruxelles finiront bien par trouver[38] une solution", témoigne Anand Menon, qui dirige le groupe universitaire UK in a changing Europe. Je crois que c'est un point de vue très naïf. Mais nous verrons bien… »
Enfin, la relative bonne santé de l'économie britannique jusqu'à présent doit aussi beaucoup au soutien apporté par les autorités. La Banque d'Angleterre a réduit, en août, son taux d'intérêt, de 0,5 % à 0,25 %, et elle a entamé un nouveau programme de desserrement monétaire. Cela pourrait n'être qu'un début. « Davantage de stimulus sera nécessaire à un moment donné », estime Minouche Shafik.
A cela s'ajoute un possible plan de relance budgétaire. Philip Hammond, le ministre de l'économie, doit présenter[39] son budget fin novembre. Il a laissé entendre[40] qu'il allait desserrer[41] l'austérité menée depuis six ans.
Si les signes de ralentissement se multiplient d'ici là, son plan de soutien pourrait prendre de l'ampleur.
References
- ^ Eric Albert (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe frotter (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe sortir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Union européenne (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Royaume-Uni (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe confirmer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Centre (www.lemonde.fr)
- ^ Brexit : la City se prépare au pire (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité consommation (www.lemonde.fr)
- ^ Brexit : le pire cauchemar des banques anglaises (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe affirmer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe soutenir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe expliquer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Brexit : dîner au sommet che z les « remainers » (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe prendre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe faire (conjugaison.lemonde.fr)
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- ^ Au Royaume-Uni, le Brexit peine à prendre forme (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe renchérir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe pouvoir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe monter (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité entreprises (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe geler (conjugaison.lemonde.fr)
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- ^ Toute l'actualité automobile (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe savoir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité vous (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Europe (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe repenser (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe voir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité livres (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe décider (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe transférer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe attendre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe obtenir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe mesurer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ L'économie britannique résiste au Brexit (www.lemonde.fr)
- ^ Con jugaison du verbe trouver (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe présenter (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe entendre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe desserrer (conjugaison.lemonde.fr)
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