Trois mois après l'attentat qui a fait 86 morts sur la promenade des Anglais, 2 000 personnes, des proches et des hommes politiques, ont participé à une cérémonie émouvante et éprouvante.
Le Monde | • Mis à jour le | Par Cécile Bouanchaud
C'est à 11 heures, sur la colline du château qui surplombe Nice[1] et son inter minable promenade des Anglais, qu'a été rendu samedi 15 octobre l'hommage national aux 86 personnes tuées lors de l'attentat [2]du 14-Juillet. Les jours précédant la cérémonie, des pluies diluviennes s'étaient abattues sur la ville, provoquant le report de la cérémonie, notamment pour des raisons de sécurité, liées aux orages.
A l'ombre des pins parasols plantés sur cette fortification, l'une des plus puissantes de l'arc méditerranéen, plus de 2 000 personnes sont venues dans ce parc, non loin du monument aux morts de la ville de Nice. Plus de la moitié sont des proches des personnes tuées, des blessés, mais aussi de celles qui se trouvaient sur la promenade des Anglais ce soir du 14-Juillet et ont été choquées par ce qu'elles ont vécu.
Dans les rangs des politiques se sont installés François Hollande[3], son prédécesseur Nicolas Sarkozy[4], le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, des responsables de droite (Bruno Le Maire, Alain Juppé, François Fillon) et d'extrême droite, avec Marine Le Pen[5] et Marion Maréchal-Le Pen. Etaient également présents les ambassadeurs des 19 pays qui ont eu à déplorer[6] des morts et des blessés.
Lire aussi : Le mémorial du « Monde » aux victimes des attentats de Nice [7]
« Notre tristesse est indéfinissable »
Pour ouvrir[8] la cérémonie, La Marseillaise a été jouée par l'orchestre de la garde républicaine, après que le président de la République eut adressé les honneurs militaires et avant la revue des troupes.
Endeuillée par la mort de six membres de sa famille[9], Cindy Pellegrini a pris la parole au nom de l'association de victimes Promenade des anges, fondée au début d'août[10]. « En ce 14-Juillet, vous[11] vouliez admirer[12] le ciel et non pas le rejoindre[13] (…) Aujourd'hui, Nice et la France[14] entière pleurent 86 victimes. Notre tristesse est indéfinissable », a lancé la jeune femme à la chevelure blonde et aux yeux aigue-marine. Avant de conclure[15], des sanglots dans la voix :
« Nous espérons au plus profond de notre cœur que désormais, chaque 14-Juillet, chacun d'entre vous admirera le ciel en pensant que chaque étoile est une vie brisée à jamais. »
A la fin de son discours, repartant vers les tribunes[16], la jeune femme a enfoui son visage dans ses mains, ne retenant plus ses larmes, alors que Julien Clerc entonnait au piano Utile, une chanson composée dans les années 1990 en référence à la dictature chilienne :
« Comme une langue ancienne qu'on voudrait massacrer[17], je veux être[18] utile, à vivre[19] et à rêver[20]. (…) Dans n'importe quel quartier d'une lune perdue. Même si les maîtres parlent et qu'on ne m'entend plus. »
86 roses blanches, des pleurs dans le silence
Lors du moment le plus éprouvant de la cérémonie, les élèves du lycée Masséna, vêtus de noir, sont venus, un à un, déposer[21] une rose blanche sur la fontaine éphémère. Pendant que les noms des 86 victimes étaient prononcés solennellement, les cris d'un nouveau-né sont venus rompre[22] le silence de plomb qui enveloppait le cérémonial.
Pendant ces quinze longues minutes, des proches de victimes étouffent leurs larmes. D'autres essuient continûment leurs joues. Un adolescent pleure en entendant, dans la multitude des noms énumérés, celui de sa grand-mère. Un enfant dort dans les bras de son père qui sanglote.
A ce moment-là, la foule prend la mesure de l'ampleur de cette attaque terroriste. Un attentat qui a touché Mario 92 ans, et Léana, 2 ans. Un attentat qui a décimé des familles – une tante et son neveu, une grand-mère et son petit-fils, un couple de retraités – et n'a épargné aucune religion.
Lire aussi : Trois mois après l'attentat de Nice : « Les enfants doivent retrouver leur insouciance » [23]
« Cette entreprise maléfique échouera »
C'est d'ailleurs sur ce point que François Hollande a souhaité mettre[24] l'accent au début de son discours d'une vingtaine de minutes :
« Les victimes de cette barbarie n'avaient pas toutes la même origine, pas toutes le même parcours, pas toutes la même couleur de peau, pas toutes la même religion mais elles sont unies aujourd'hui par le malheur. »
« Ces victimes appartenaient à l'ensemble des quartiers de Nice, celui de l'Ariane [quartier populaire de la ville]. Elles venaient d'autres régions de France. Elles venaient du monde[25] entier, attirées par la mer », a ajouté le chef de l'Etat. Les victimes et familles de victimes sont en effet originaires de 63 départements français et de 19 pays.
« Ce qui a été frappé le 14-Juillet, c'est l'unité nationale », a poursuivi le chef de l'Etat, avant d'ajouter :
« Eh bien, non, je vous dis non, cette entreprise maléfique échouera, l'unité, la liberté, l'humanité, au bout du compte, prévaudront. »
Comme un message d'espoir porté sur l'avenir, permettant aussi d'appuyer le discours d'unité nationale de M. Hollande, le Chœur des enfants de l'Opéra de Nice-Côte d'Azur a interprété La Marseillaise, d'ordinaire chantée par la garde républicaine. En plus du premier couplet habituel (« Allons enfants de la patrie »), les chanteurs ont entonné le « couplet des enfants », assez méconnu, faisant ainsi durer[26] La Marseillaise plus de trois minutes.
Une version peu connue mais hautement symbolique puisqu'elle évoque « les aînés » disparus et la volonté de les « venger ».
« Nous entrerons dans la carrière/Quand nos aînés n'y seront plus/Nous y trouverons leur poussière/Et la trace de leurs vertus/Bien moins jaloux de leur survivre/Que de partager[27] leur cercueil/Nous aurons le sublime orgueil/De les venger[28] ou de les suivre ! »
Bain de foule des Le Pen
A la fin de La Marseillaise, M. Hollande a quitté l'estrade sous les applaudissements des proches des victimes, qu'il a salués à plusieurs reprises, avant de laisser[29] la scène vide, marquant la fin de la cérémonie. La foule a alors convergé, hagarde et silencieuse, vers l'esplanade.
Drôle de scène que celle de Christian Estrosi, premier adjoint au maire de Nice, Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen, cadres du FN, s'offrant un bain de foule, alors que le reste des officiels se dirige vers la sortie. Là, des personnes présentes à la cérémonie viennent à la rencontre des trois élus.
Les deux cadres du Front national resteront plus de dix minutes à serrer[30] des mains, saluer[31] les victimes, prendre[32] des selfies avec les plus jeunes. Signe que cette cérémonie marquée par un discours d'unité nationale, porté haut et fort par François Hollande et Cindy Pellegrini, n'est qu'une parenthèse dans cette ville, laboratoire de la droite dure et fief historique du Front national[33].
Lire aussi : Attentat du 14-Juillet à Nice : où en est l'enquête sur le dispositif de sécurité ? [34]
References
- ^ Toute l'actualité Nice (www.lemonde.fr)
- ^ l'hommage national aux 86 personnes tuées lors de l'attentat (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité François Hollande (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Nicolas Sarkozy (www.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité Marine Le Pen (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe déplorer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Le mémorial du « Monde » aux victimes des attentats de Nice (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe ouvrir (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité famille (www.lemonde.fr)
- ^ fondée au début d'août (abonnes.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité vous (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe admirer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe rejoindre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité France (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe conclure (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité tribunes (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe massacrer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe être (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe vivre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe rêver (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe déposer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe rompre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Trois mois après l'attentat de Nice : « Les enfants doivent retrouver leur insouciance » (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe mettre (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Toute l'actualité monde (www.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe durer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe partager (conjugaison.lemond e.fr)
- ^ Conjugaison du verbe venger (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe laisser (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe serrer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe saluer (conjugaison.lemonde.fr)
- ^ Conjugaison du verbe prendre (conjugaison.lemonde.fr)
- < a href="#readabilityLink-33" title="Jump to Link in Article">^ Toute l'actualité Front national (www.lemonde.fr)
- ^ Attentat du 14-Juillet à Nice : où en est l'enquête sur le dispositif de sécurité ? (www.lemonde.fr)
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