Minggu, 09 Oktober 2016

Sarkozy promet deux nouveaux référendums : une promesse qui sera très difficile à tenir - L'Obs

Nicolas Sarkozy en meeting aux  Sables-d'Olonne, le 1er octobre 2016 (J-F. MONIER/AFP).

Fidèle à sa stratégie de l'esbroufe et du populisme provocateur, Nicolas Sarkozy a dégainé vendredi soir une nouvelle arme de démagogie massive devant un Laurent Delahousse interloqué.[1] Pour tenter de reprendre la main sur Alain Juppé après une semaine calamiteuse, il a promis d'organiser deux référendums[2] lors du deuxième tour des législatives de juin 2017, s'il remporte l'élection présidentielle.

Un énième effet de manche

On n'insistera pas sur les sujets qui l'obsèdent, sinon pour dire comme la plupart des experts qu'appeler les Français à se prononcer sur la suppression du regroupement familial et l'incarcération des fichiers S est parfaitement anticonstitutionnelle[3]. Et qu'il convient aussi et surtout de ne pas oublier d'ajouter à ces sujets deux autres qu'il a également promis de soumettre au vote de nos concitoyens en juin dernier : la suppression de la loi sur le non cumul des mandats votée par la gauche et la réduction de 30% du nombre des parlementaires[4].

On ne fera pas l'injure à Nicolas Sarkozy de penser qu'il n'est pas conscient que ces consultations vont sacrément compliquer le vote des Français puisque ces derniers seront appelés à élire le même jour leur député parmi de nombreux candidats. On peut alors se demander si derrière son objectif affiché de donner une fois de plus la parole au peuple en ces temps d'élections nombreuses et variées ne se cachent pas des raisons moins avouables, comme par exemple provoquer un choc à bon compte pour la primaire parmi les électeurs de la droite extrême qui ont tendance à le lâcher[5], quand Alain Juppé caracole en tête dans les sondages.

De là à penser que ce coup n'est rien d'autre qu'un effet de manche, un tour de magie qui ne sera suivi d'aucune réalisation concrète en cas de victoire, il n'y a qu'un pas. Et pas mal de raisons de croire que de telles propositions ne sont pas sérieuses, et qu'une fois élu à la primaire, il s'empressera d'enterrer sa promesse. En tous cas à la date annoncée du 18 juin 2017.

1. Des référendums, ça se prépare

Un référendum digne de ce nom doit se préparer, si l'on veut que les Français soient en mesure de répondre aux questions posées avec tous les atouts en main pour donner leur avis en connaissance de cause. Or concernant la question consacrée à la suppression du regroupement familial, on peut s'interroger sur le véritable degré de connaissance du sujet par nos concitoyens.

Nombreux sont ceux en effet qui, influencés par la propagande sectaire et simpliste distillée par le Front national et certains candidats de droite (dont Nicolas Sarkozy), ont la conviction que les étrangers venus en France dans le cadre du regroupement familial représenteraient une part importante des immigrés qui arrivent dans notre pays.

Rares au contraire sont ceux qui, comme l'a rappelé Alain Juppé jeudi soir à face à Robert Ménard[6], savent que les immigrés "regroupés" ne représentent que 5% de la totalité. Une telle information, si elle était connue de tous, n'entraînerait sans doute pas le même résultat qu'un vote dicté par la peur et l'ignorance. D'où la nécessité de vrais débats, argumentés, contradictoires, avec des politiques mais aussi des experts du sujet (géographes, démographes, historiens ou sociologues).

2. Un simple outil pour faire basculer la primaire

"Dans un référendum, les gens ne répondent jamais à la question qu'on leur pose, ils donnent leur adhésion ou la refusent à celui qui la pose", remarquait Françoise Giroud[7]. On a le sentiment que c'est ce que cherche Nicolas Sarkozy quand il prétend vouloir redonner au peuple une parole qui lui aurait été confisquée : obtenir, non pas à la présidentielle qui ne l'intéresse pas pour l'instant, mais à la primaire, une sorte de plébiscite.

Dès lors, qu'importe qu'il tienne ou non parole avec son référendum en juin 2017. L'essentiel à ses yeux, c'est de dire tout et n'importe quoi pour remporter la primaire. Quitte à faire de la surenchère démagogique sur des sujets comme l'immigration, la sécurité ou l'Europe, et surfer sur la vague référendaire qui plait tant à droite en ce moment, si l'on excepte Alain Juppé[8].

3. Une date très mal choisie

À l'évidence, l'entourage de Nicolas Sarkozy lui a expliqué que ces référendums seraient sans doute irréalisables, notamment à cause de la date qu'il a retenue, celle du 18 juin 2017, c'est-à-dire le jour du deuxième tour des élections législatives.

En effet, l'article 11 de la Constitution précise que cette consultation doit se dérouler "lors d'une session parlementaire". Il serait donc impossible qu'elle puisse s'appuyer sur une majorité parlementaire de droite, puisque les députés ne seraient pas encore élus. Elle devrait donc se dérouler avec les parlementaires de la majorité précédente[9], c'est-à-dire de gauche. Irréaliste car Nicolas Sarkozy sait bien que si l'opportunité lui en était donnée, cette majorité de gauche n'hésiterait pas à présenter une motion de censure pour faire tomber le tout nouveau gouvernemen t de droite.

 4. Un résultat qui n'engage à rien

Nicolas Sarkozy est bien placé pour savoir qu'un référendum n'est pas toujours suivi d'effet si les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous.

Le 29 mai 2005[10], les Français qui redoutaient la perte de leur souveraineté et un libéralisme économique échevelé ont répondu non (à 55%) au traité établissant une constitution européenne. Cela n'a pas empêché, pourtant, Nicolas Sarkozy devenu président de la République de faire ratifier le texte, renommé Traité de Lisbonne[11], non plus par voie référendaire mais par voie parlementaire, devant le Congrès, en février 2008.

Petits calculs, politicaille… Ce référendum de 2005 n'a engagé ni Chirac ni Sarkozy. Il fallait s'appeler Charles de Gaulle pour prendre ses responsabilités et démissionner après un référendum perdu[12], celui de la régionalisation et de la réforme du sénat en avril 1969.

5. Faire oublier une séquence désastreuse

Cette proposition surprise, Nicolas Sarkozy l'a dégainée pour tenter de rattraper son principal rival, Alain Juppé, et non, comme il le prétend, pour solidifier la démocratie en 2017.

Battu dans les sondages[13], battu aussi en terme d'audience puisque le maire de Bordeaux a réuni davantage de téléspectateurs que lui[14] lors de l'émission politique de France 2, l'ancien président a dû aussi affronter plusieurs coups durs en quelques jours : la parution du brûlot de son ancien conseiller Patrick Buisson[15] qui n'arrange pas son image ; les accusations de Franck Attal dans l'affaire Bygmalion[16] ; la mise en examen de deux de ses amis[17] (les deux grands flics Bernard Squarcini et Christian Flaesch) ; et enfin, les nouvelles révélations de Mediapart sur le possible financement libyen de la campagne présidentielle de 2007[18].

Pour espérer avoir une chance de gagner, il fallait trouver quelque chose de vraiment spectaculaire, susceptible de resserrer autour de lui des fans parfois démobilisés et attirer à la primaire des électeurs d'extrême droite. Ce sera donc les référendums. 

6.  Il n'aura pas besoin d'être relégitimé

Nicolas Sarkozy a expliqué devant Laurent Delahousse que le référendum était un outil démocratique. Certes. Mais comment expliquer alors qu'il veuille utiliser cet outil juste après une élection démocratique, à savoir la présidentielle ? Pourquoi un tel doublon ? Pourquoi demander l'avis des Français sur ces sujets de l'immigration et de la sécurité alors même que s'il est élu, ce sera justement sur ce programme identitaire et sécuritaire qu'il ne cesse de développer depuis le début de la campagne des primaires ?

Nicolas Sarkozy, légitimé par le suffrage universel, n'aura aucun intérêt à infliger le pensum d'une légitimisation supplémentaire aux Français. Il le sait et sans doute n'a-t-il pas l'intention d'aller jusqu'au bout de cette promesse.

7. Une arme à double tranchant

Enfin, dernier argument qui laisse penser que cette idée de référendum n'est pas vraiment sérieuse : Nicolas Sarkozy sait bien que dans l'actualité comme dans l'histoire, le résultat d'une telle consultation n'est jamais acquis d'avance.

Ainsi, on peut très bien remporter un référendum en obtenant un oui majoritaire et le perdre faute de quorum pour le valider. On vient de le voir en Hongrie avec la consultation organisée par Viktor Orban [19]sur les quotas migratoires. Il a beau clamer que les Hongrois l'ont plébiscité à 98%, il n'a pas recueilli les 50% de votants requis pour être valable et subit donc sans aucun doute un échec personnel.

Or, Nicolas Sarkozy le sait bien. En France, la part des électeurs qui se rendent aux urnes se réduit comme peau de chagrin. De quoi transformer ce référendum en une arme à double tranchant au lendemain d'une victoire, il est vrai, aujourd'hui très hypothétique.

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