Minggu, 02 Oktober 2016

Emmanuel Macron, chantre d'une laïcité inclusive et d'un libéralisme humain - L'Express

Censé annoncer sa candidature à la présidentielle à partir du 15 novembre[1], Emmanuel Macron[2] continue de distiller, goutte à goutte, son "diagnostic" de la société française. Interrogé par les journalistes de Marianne lors d'un débat avec Jean-François Kahn, fig ure du "gaullisme de gauche", l'ancien ministre brasse ses thèmes de prédilection.  

Promouvoir une laïcité inclusive

Souvent jugé plus à l'aise sur les thématiques économiques que sociétales ou sécuritaires, Emmanuel Macron a profité de l'occasion pour clarifier sa position vis-à-vis de l'islam[3]. Fidèle à sa fibre progressiste, l'ancien proche de François Hollande affirme sa volonté de mieux intégrer les musulmans de France, quitte à adapter la laïcité. "Le débat politique ne doit pas faire de la laïcité une arme contre un monothéïsme", déclare-t-il, ajoutant que "quand certains réclament des menus dans les é coles sans aucun accommodement et veulent que tous les enfants mangent du porc, ils pratiquent une laïcité revancharde dangereuse". 

Même s'il ne le cite pas directement, Manuel Valls[4], défenseur d'une laïcité plus rigoriste[5], est clairement dans le collimateur d'Emmanuel Macron. Egalement dans son viseur, Jean-Pierre Chevènement[6], récemment nommé à la tête de la Fondation pour l'islam de France[7]: "je dénonce les considérations qui demandent à des citoyens d'être 'discrets[8]', (...) ou des musulmans modérés", assène l'ancien ministre, qui s'oppose à l'interdiction du voile à l'université, estimant que celle-ci est le "lieu des consciences éclairées et adultes".  

Dépasser le clivage droite-gauche

Une interview d'Emmanuel Macron n'en serait pas une si elle n'abordait pas le désormais incontournable "clivage droite-gauche", ainsi que son obsolescence. "Je ne dis pas que les termes 'gauche' et 'droite' ne veulent plus rien dire. Mais il ne veulent plus tout dire et n'épuisent pas la vitalité du débat politique", avance l'ancien ministre, qui estime depuis longtemps que les vrais fossés politiques se creusent plutôt entre "progressistes[9]" et "conservateurs".  

Pour Emmanuel Macron, il y a "beaucoup plus de choses à partager entre les progressistes des deux camps". Comprendre: entre l'aile sociale-libérale ou sociale-démocrate du Parti Socialiste, héritière de Jacques Delors[10] et de Michel Rocard[11], et la fameuse "droite modérée", incarnée aujourd'hui par Alain Juppé[12], hier par Raymond Barre ou Simone Veil[13].  

Pour autant, cette volonté de moderniser -ou du moins remodeler- l'échiquier politique n'amène pas le président d'En marche! à saluer le processus de la primaire présidentielle. D'après lui, droite[14] et gauche[15] s'en servent "pour bâtir des compromis imparfaits et accéder au pouvoir par une série d'approximations en s'appuyant sur une base de 10 à 15 % de l'électorat". Un constat qui amènerait nos dirigeants à accéder au pouvoir en biaisant avec la volonté réelle du peuple, quitte à subir, une fois le mandat expiré, "une défaite 'propre' pour préserver un système devenu patrimonial".  

Revitaliser le "roman national"

Plus surprenants, dans l'entretien de Marianne, sont les propos de ce tenant du "modernisme" politique sur les vertus du "roman national" français. Faisant référence à sa visite controversée au Puy du Fou[16] de Philippe de Villiers[17], figure emblématique de la droite chrétienne et identitaire[18], Emmanuel Macron estime que dans un champ politique, "il doit y avoir des héros, un rapport aux événements".  

Citant volontiers Vercingétorix en exemple de cette héroïsme "républicain", le candidat putatif à la présidentielle juge que "si la Républ ique veut se construire dans sa vitalité, elle a besoin de ce rapport chaud aux héros et aux moments fondateurs". Ce qui ne l'empêche pas de railler la saillie de Nicolas Sarkozy[19] au sujet de nos "ancêtres gaulois[20]"... 

Le libéralisme plutôt que le capitalisme

Même s'il refuse de se définir uniquement comme social-libéral[21], l'ancien ministre se dit favorable, sur le plan théorique, "à la concurrence libre et non faussée", un des plus immuables dogmes sociaux-libéraux européens. D'après lui, le social-libéralisme a échoué en voulant adapter les membres de l'Union européenne à la mondialisation "sans concevoir de profonds changements".  

Préférant le terme de "dérive capitaliste" à celui de "néolibéral", Emmanuel Macron se veut le chantre d'un libéralisme à visage humain, qui s'adapterait aux réticences françaises et au "solidarisme" intrinsèque, sel on lui, à l'histoire de la République. Accusé par Jean-François Kahn de vouloir faire plier la France, "au nom de la modernité", à la logique "incontournable de la mondialisation libérale telle qu'elle est", l'ancien banquier d'affaires lui oppose "que l'on est à un stade ultime de la décomposition du capitalisme mondial". Fustigeant les "déséquilibres intolérables" qui se sont accumulés entre les riches et les pauvres,  

La classe politique française... et l'argent

"C'est un de mes grands désaccords avec l'esprit français: je n'ai pas de problème avec l'argent", assène Emmanuel Macron. S'il paraît tranché, le propos n'est pas nouveau pour l'intéressé. Tancé à plusieurs reprises pour ses sorti es jugées méprisantes[22], l'ancien ministre juge "suspects les gens qui adorent l'argent comme les gens qui le détestent". "La fascination bling-bling de Nicolas Sarkozy me fait aussi peur que la détestation d'une partie du peuple de gauche pour l'argent", précise-t-il, jugeant légitime l'enrichissement "lorsqu'il récompense une vraie innovation, (...) une prise de risques".  

"Nous sommes entrés (...) dans un monde où tout est ouvert", analyse Emmanuel Macron, qui juge mensonger la promesse du "repli" proférée, d'après lui, aussi bien par Marine Le Pen[23] que Jean-Luc Mélenchon[24]. Une idéologie à laquelle il oppose ce propos, parlant de l'ubérisation de la société: "il ne sert à rien de s'épuiser dans des combats illusoires: quand le vent souffle, mieux vaut construire des moulins que des murs." 

References

  1. ^ à partir du 15 novembre (www.lexpress.fr)
  2. ^ Emmanuel Macron (www.lexpress.fr)
  3. ^ l'islam ( www.lexpress.fr)
  4. ^ Manuel Valls (www.lexpress.fr)
  5. ^ défenseur d'une laïcité plus rigoriste (www.lexpress.fr)
  6. ^ Jean-Pierre Chevènement (www.lexpress.fr)
  7. ^ Fondation pour l'islam de France (www.lexpress.fr)
  8. ^ discrets (www.lexpress.fr)
  9. ^ p rogressistes (www.lexpress.fr)
  10. ^ Jacques Delors (lexpansion.lexpress.fr)
  11. ^ Michel Rocard (www.lexpress.fr)
  12. ^ Alain Juppé (www.lexpress.fr)
  13. ^ Simone Veil (www.lexpress.fr)
  14. ^ droite (www.lexpress.fr)
  15. ^ gauche (www.lexpress.fr)
  16. ^ sa visite controversée au Puy du Fou (www.lexpress.fr)
  17. ^ Philippe de Villiers (www.lexpress.fr)
  18. ^ identitaire (www.lexpress.fr)
  19. ^ Nicolas Sarkozy (www.lexpress.fr)
  20. ^ ancêtres gaulois (www.lexpress.fr)
  21. ^ social-libéral (www.lexpress.fr)
  22. ^ ses sorties jugées méprisantes (www.lexpress.fr)
  23. ^ Marine Le Pen (www.lexpress.fr)
  24. ^ Jean-Luc Mélenchon (www.lexpress.fr)

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