La mission ExoMars 2016[1] ne s'est pas totalement déroulée comme prévu. L'atterrisseur Schiaparelli, qui s'est détaché de l'orbiteur Trace Gas Orbiter (TGO) dimanche 16 octobre, s'est probablement crashé sur Mars[2]. "Tout s'est bien déroulé... Jusqu'à un certain point", ont indiqué les représentants de l'Agence spatiale européenne (Esa)[3], lors d'une conférence de presse[4], ce jeudi matin.
"Nous avons récolté toutes les informations des capteurs de Schiaparelli, mais nous avons besoin de temps pour les analyser et comprendre exactement ce qu'il s'est passé" lors de la descente, a indiqué Andrea Accomazzo, le directeur des opérations de l'Esa.
< p>Bonne nouvelle néanmoins, la mise en orbite de TGO[5] est "une réussite totale". L'orbiteur est donc prêt à accomplir sa mission scientifique qui consistera à "renifler" des gaz trace dans l'atmosphère martienne et à préparer la suite du programme ExoMars[6], dont la finalité est d'envoyer le rover Pasteur à la surface de la planète rouge en 2021.Un problème juste après le largage du parachute?
Selon les premières analyses des données, Schiaparelli est bien entré dans l'atmosphère de Mars à 16h42. Il était alors à 121 km de la surface et se déplaçait à 21 000 km/h. L'atterrisseur était censé freiner jusqu'à 11 km/h et se poser sur la plaine du Méridien[7] six minutes plus tard, mais il y a eu "un problème" entre-temps. Que s'est-il passé? Premiers éléments de réponse.
Capture d'écran d'une vidéo de l'Agence spatiale européenne montrant l'atterrissage de Schiaparelli étape par étape.
ESA.
16h42. La première décélération s'est effectuée grâce à un bouclier thermique. En trois minutes seulement, Schiaparelli est passé de 21 000 à 1600 km/h et de 121 km à 10 km d'altitude. Cette première phase, selon l'Esa, s'est parfaitement déroulée.
Capture d'écran de la vidéo de l'ESA montrant l'atterrissage sur Mars de Schiaparelli.
ESA
16h45. L'atterrisseur a ouvert son parachute, largué son bouclier thermique et a poursuivi sa descente ainsi harnaché pendant deux minutes. Une fois à 1100 mètres d'altitude et 240 km/k, il a détaché la voile... Du moins en théorie.
Si le parachute s'est correctement ouvert et si le bouclier thermique a bien été largué, "la vitesse à la fin de la phase n'était pas nor male", a indiqué Andrea Accomazzo. En d'autres termes, la décélération n'était pas conforme à ce qu'attendaient les scientifiques.
Capture d'écran de la vidéo de l'Agence spatiale européenne montrant les différentes étapes de l'atterrissage de Schiaparelli.
ESA
16h47. Théoriquement, Schiaparelli aurait dû allumer ses neuf rétropropulseurs pendant 30 secondes et les couper à 2 mètres du sol. Le choc final de l'atterrisseur de 600 kg, à 11 km/h, aurait alors été absorbé par sa structure déformable.
Capture d'écran de la vidéo de l'Agence spatiale européenne montrant le déroulement théorique de l'atterrissage de Schiaparelli.
ESA
Mais selon l'Esa, les rétropropulseurs ont fonctionné "moins longtemps q ue prévu, soit seulement 2 ou 3 secondes". Est-ce parce qu'ils se sont coupés trop tôt -provoquant une chute libre-, ou parce que Schiaparell, dont la vitesse était trop grande, s'est écrasé avant? Voire, espérons le, à cause d'une défaillance électronique ayant provoqué la rupture des communications? L'atterrisseur a en tout cas cessé d'émettre 50 secondes avant l'heure d'atterrissage prévue.
Si l'Agence spatiale européenne s'est montrée extrêmement prudente lors de sa conférence de presse et a tenté de rester positive, il est probable que Schiaparelli se soit écrasé violemment à la surface de la planète rouge.
"L'atterrisseur était une sonde de test [pour préparer ExoMars 2020], a martelé Jan Wörner, le directeur général de l'Esa. L'essentiel, lors d'un test, c'est de récupérer toutes les données enregistrées par les capteurs [de Schiaparelli]. Et nous avons réussi à faire. Reste maintenant à les analyser pour comprendre ce qu'il s'est exactement passé".
Site d'atterrissage théorique de Schiaparelli, pas très loin des autres sondes américaines et de la sonde européenne Beagle 2, qui n'a jamais réussi à communiquer avec la Terre après son atterrissage
ESA,NASA
Une mission scientifique de quatre à huit jours
Mais Schiaparelli n'était pas uniquement une sonde crash-test. "Grâce à sa batterie et ses instruments scientifique" dignes d'une petite station météo, il devait aussi effectuer une mission scientifique "de quatre à huit jour maximum", expliquait à L'Express Francis Rocard, astrophysicien responsable des programmes d'exploration duSystème solaire[8] au Centre national d'études spatiales[9] (Cnes), interrogé par l'Express.
LIRE AUSSI >> ExoMars: la sonde européenne à la conquête de la planète rouge[10]
Quelq ues jours pendant lesquels l'atterrisseur devait enregistrer la vitesse du vent, le taux d'humidité, la température et pression du site d'atterrissage, mais aussi obtenir les premières mesures des champs électriques de la surface de Mars. L'atterrisseur devait même tenter d'observer les tornades martiennes -qui passent parfois dans la région du site d'atterrissage- et comprendre leur fonctionnement. Ce qui aurait pu permettre aux scientifiques de mieux comprendre les tornades terriennes.
Et si l'une d'entre-elles passe sur Schiaparelli? "Pas d'inquiétude, cela n'aura rien à voir avec le film Seul sur Mars[11] [dans lequel une base de la Nasa est soufflée par une tornade, NDLR]. L'atterrisseur ne sera jamais propulsé dans les airs, car il a très peu de pression sur Mars", indiquait le scientifique du Cnes.
Préparer l'arrivée du rover
Toutes ces étapes -l'atterrissage de Schiaparelli et la mise en orbite de TGO- qu'elles se soient bien déroulées ou non, vont permettre à l'Esa de préparer l'arrivée du Rover Pasteur, dont le lancement est prévu en 2020 et l'atterrissage sur Mars en 2021. Ce petit robot de 310 kg[12] aura notamment pour mission de rechercher des signes de vie passée et présente.
Le rover de l'Agence spatiale europée nne, qui devrait être baptisé Pasteur, roulera sur mars en 2021.
ESA
Il se posera sur une zone où sont présentes des argiles très anciennes et aura notamment pour mission de trouver des molécules organiques qui auraient pu être synthétisées il y a environ quatre milliards d'années, quand l'eau liquide coulait en abondance[13]. Il sera notamment capable de forer des trous jusqu'à deux mètres de profondeur, alors que le rover Curiosity[14] de la Nasa[15] ne peut creuser qu'à quelques centimètres.
LIRE AUSSI >> Star Wars: l'agence spatiale européenne peut-elle concurrencer la Nasa?[16]
Du moins, si son atterrissage se passe bien que Schiaparelli.
References
- ^ ExoMars 2016 (www.lexpress.fr)
- ^ crashé sur Mars (www.youtube.com)
- ^ l'Agence spatiale européenne (Esa) (www.lexpress.fr)
- ^ d'une conférence de presse (www.esa.int)
- ^ la mise en orbite de TGO (twitter.com)
- ^ du programme ExoMars (www.lexpress.fr)
- ^ la plaine du Méridien (exploration.esa.int)
- ^ Système solaire (www.lexpress.fr)
- ^ Centre national d'études spatiales (cnes.fr)
- ^ ExoMars: la sonde européenne à la conquête de la planète rouge (www.lexpress.fr)
- ^ le film Seul sur Mars (www.lexpress.fr)
- ^ petit robot de 310 kg (exomars.cnes.fr)
- ^ l'eau liquide coulait e n abondance (www.cnrs.fr)
- ^ le rover Curiosity (www.lexpress.fr)
- ^ Nasa (www.lexpress.fr)
- ^ Star Wars: l'agence spatiale européenne peut-elle concurrencer la Nasa? (www.lexpress.fr)
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